Filière jhadiste de Lunel: la défense des "sachants" en appelle à la modération du tribunal

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 Croquis fait le 4 avril 2018 à Paris montrant 3 des 5 accusés (en partant de la gauche) Hamza Mosli, Adil Barki et Ali Abdoumi lors de leur procès à Paris pour association de malfaiteurs terroriste

Croquis fait le 4 avril 2018 à Paris montrant 3 des 5 accusés (en partant de la gauche) Hamza Mosli, Adil Barki et Ali Abdoumi lors de leur procès à Paris pour association de malfaiteurs terroriste

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AFP, publié le mercredi 11 avril 2018 à 21h24

La défense des deux hommes accusés d'être les "sachants" de la filière jihadiste de Lunel a exhorté mercredi le tribunal à ne pas leur faire porter le poids du départ d'une vingtaine de jeunes de cette commune de l'Hérault pour la Syrie.

Alors que le parquet a demandé mardi la plus forte peine, neuf ans de prison, contre Hamza Mosli pour son rôle "déterminant" dans la diffusion de la propagande jihadiste et le départ de Lunellois entre 2013 et 2014, son avocat a réfuté tout rôle de "recruteur".

Dans le "huis clos de misère et d'exclusion" qu'était Lunel pour ces jeunes, souvent enfants d'immigrés, un "terreau catastrophique" où prospéraient les thèses de l'organisation État islamique, "quand on regarde la dynamique des radicalités qui se transmettent, ce n'est pas linéaire du tout", "ce n'est pas un recruteur et des recrutés", a plaidé Martin Pradel.

Le réquisitoire "caricatural" de la procureure à l'encontre d'Hamza Mosli, dont deux frères cadets sont morts en Syrie, s'explique selon lui par la forte médiatisation de cette affaire, "qui piège un peu le parquet".

Contre l'autre "sachant" qu'elle a identifié dans le groupe, Jawad S., soupçonné d'avoir "incité" au jihad en Syrie au cours d'"assises religieuses", l'accusation avait demandé sept ans de prison et son incarcération immédiate.

Cet homme "est allé trouver une existence sociale" en animant des réunions, dans une forme d'"escroquerie intellectuelle", a souligné son avocat, Xavier Nogueras, dans un effort pour le distinguer des "croyants dogmatiques, les vrais radicalisés, ceux qu'on ne peut pas ramener".

Avant la clôture de l'audience, Jawad S., qui conteste toute "incitation" au jihad, a répété admettre que les propos qu'il a tenus "ont peut-être joué un rôle dans la radicalisation de certains" et s'en est "excusé".

"Il serait confortable de désigner un coupable pour comprendre", "mais il faut accepter une certaine frustration de ne pas vraiment savoir ce qui s'est passé à Lunel", a plaidé au côté de Xavier Nogueras une auditrice de justice, Alice Guillet.

"Faire un lien de causalité aussi direct entre ces +assises+ et les départs est une conclusion trop hâtive", a-t-elle ajouté.

Trois autres hommes, aux profils hétéroclites, étaient jugés depuis jeudi à leurs côtés par le tribunal correctionnel de Paris. 

Pour Adil Barki, qui avait passé quelques semaines avec "l'armée de Mahomet" en Syrie, Xavier Nogueras a souligné que fin 2013, ce groupe jihadiste n'avait pas encore "d'agenda terroriste".

Cet homme crédule "s'est inventé un avenir à l'extérieur parce que sa vie ne le satisfaisait pas", a-t-il insisté. Six ans ont été requis contre lui.

Ali Abdoumi, éloigné de l'islam radical mais en conflit avec l'administration française, est soupçonné d'avoir passé quelques semaines en Syrie mais réfute. Son avocat, Serge Money, a demandé sa relaxe: "On n'est sûr de rien le concernant".

Relaxe également plaidée pour Saad B., dont le frère Abdelkarim fut le premier à partir en Syrie, en 2013.

Il lui est reproché une aide matérielle à sa belle-soeur et son frère, mais son "adhésion aux thèses jihadistes fait défaut", a souligné son défenseur, Joseph Hazan, demandant au tribunal de le "libérer de ce poids terroriste".

Jugement vendredi à 13H30.

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