Filière de Lunel : le djihad passait par le snack

Filière de Lunel : le djihad passait par le snack

Hamza Mosli, Adil Barki and Ali Abdoumi avaient été interpellés fin janvier 2015 à Lunel, dans l'Hérault. Ils sont jugés à partir de ce jeudi.

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leparisien.fr, publié le jeudi 05 avril 2018 à 20h44

Au premier jour du procès de la filière djihadiste de Lunel (Hérault), le tribunal a cherché à comprendre pourquoi autant de jeunes de la ville avaient choisi de partir en Syrie.

La présidente est lucide, voire fataliste : « Le tribunal n'a pas la prétention de comprendre ce qui s'est passé. Si tant est qu'il y ait quelque chose à comprendre. » Et pourtant, comme elle l'avait souligné quelques minutes plus tôt, les interrogations sur cet épisode perturbant ne manquent pas : comment et pourquoi, entre fin 2013 et 2014, une vingtaine d'habitants de Lunel (Hérault) ont quitté cette modeste commune du Languedoc pour rejoindre des groupes terroristes en Syrie ?

« On a le sentiment d'un nombre de départs en disproportion avec une si petite ville », souligne la magistrate qui compte, malgré tout, sur le témoignage des cinq prévenus pour mieux appréhender le « terrain » qui a favorisé un tel engrenage. Mais une enceinte judiciaire n'est pas un cercle de réflexion et la présidente le sait : « Le tribunal n'aura pas la réponse à toutes les questions, admet-elle. Son objectif est qu'à la fin de l'audience, il soit en capacité de rendre une décision. »

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Il faut dire que le casting des prévenus n'aidera pas forcément à la compréhension globale du phénomène. La majorité des partants sont présumés morts ou toujours sur zone. Parmi les cinq hommes âgés de 29 à 47 ans jugés depuis ce jeudi par le tribunal correctionnel de Paris, seuls deux ont effectué un séjour sur place, de quelques mois seulement. À défaut d'interroger les combattants qui ont péri au nom d'une idéologie mortifère et criminelle, le tribunal devra se contenter du rôle joué par leurs proches.

«Je ne sais pas du tout ce qu'ils faisaient»Ainsi de Saad B., dont le grand frère Karim fut le premier à quitter Lunel en compagnie de sa toute récente épouse en novembre 2013, avant de trouver la mort dans un bombardement treize mois plus tard. « Je n'étais pas au courant de son départ. J'ai été très déçu », jure le jeune homme à la chevelure de jais savamment travaillée qui ne présente aucun signe de radicalisation religieuse. « Quand il m'a appelé, il m'a dit qu'il voulait vivre dans un pays musulman. Je lui ai demandé pourquoi il n'allait pas au Maroc (NDLR : le pays d'origine de sa famille). Il m'a dit qu'il préférait rester là. Je lui ai fait remarquer qu'il ne connaissait même pas la langue, mais il n'a rien voulu savoir. »

Le tribunal s'interroge malgré tout sur l'ambiance particulière qui régnait dans le snack de Lunel géré par son grand frère et dans lequel Saad travaillait souvent. Un établissement que son frère désertait régulièrement pour se rendre à la mosquée de la ville. « Alors que votre famille n'est pas très pratiquante, ça ne vous a pas surpris ? », interroge la présidente. « Avec du recul oui, mais à l'époque, je ne me posais pas de question », assure ce prévenu, économe dans ses réponses.

Beaucoup plus troublant, il y avait ces séances religieuses improvisées dans le fast-food auxquelles ont assisté une bonne partie des futurs djihadistes. « Je n'y ai jamais participé, assure Saad. À ce moment-là, je partais pour fumer la chicha. Je ne sais pas du tout ce qu'ils faisaient. » Le tribunal se penchera davantage sur ces rassemblements dans les prochains jours.

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