Féminicides: à Cagnes-sur-Mer, le choc après le meurtre de Salomé

Féminicides: à Cagnes-sur-Mer, le choc après le meurtre de Salomé
Photo prise le 2 septembre 2019 montrant quelques fleurs et un panneau indiquant le chiffre 100 sur le lieu où a été trouvé le corps d'une femme, victime de féminicide à Cagnes-sur-Mer (Alpes-maritimes)

AFP, publié le mardi 03 septembre 2019 à 21h28

Un mémorial dressé à la hâte dans une impasse, quelques fleurs et des bougies: à Cagnes-sur-Mer, les habitants étaient mardi sous le choc du meurtre ce week-end de Salomé, 100e victime de féminicide recensée en France depuis début 2019, selon un décompte d'associations.

Alors même que le gouvernement a lancé mardi son "Grenelle des violences conjugales" à Matignon, dans cette cité de la Côte d'Azur, des habitants, des femmes essentiellement, ont rendu hommage à cette jeune femme de 21 ans sur les lieux de la découverte de son corps. Son compagnon, âgé de 26 ans, a été mis en examen et placé en détention provisoire mardi soir.

"Elle était sous des détritus, c'est symbolique, ça me choque", souffle Annette, une Cagnoise de 67 ans venue déposer un bouquet près de la barrière, où le cadavre a été découvert samedi, roué de coups et méconnaissable, enroulé dans un tapis. Les lieux ont depuis été nettoyés.

Sur place, certains comme Karine, 51 ans, disent avoir assisté à une dispute du couple, en pleine rue, samedi vers 01H00 du matin. "On rentrait à pied après avoir dîné chez des amis, et là je les ai vus, ils étaient en train de se disputer, elle une brune, lui type étranger, elle lui disait qu'il était un incapable, qu'il lui disait toujours la même chose, elle lui reprochait de ne trouver aucun argument pour se défendre", témoigne-t-elle: "La dispute était violente mais physiquement, ce ne l'était pas à ce moment-là".

Kamil, qui habite dans ce quartier de petites maisons proprettes et de résidences bien tenues, assure avoir tout vu du meurtre, depuis chez lui : "Avant de me coucher j'ai entendu des cris de mort, elle criait à la mort, la dame. Du coup je suis sorti de chez moi et j'ai vu qu'il était en train de l'étrangler à même le sol".

"Elle disait +Au secours, au secours+, et au moment où j'allais intervenir ma mère m'a dit de pas y aller. J'ai reculé, en plus il me menaçait, et ma mère a aussitôt appelé la police. Et pendant ce temps-là, on était en train de regarder le massacre depuis le balcon. J'ai essayé de le provoquer en l'insultant pour qu'il la lâche mais sans succès", poursuit le jeune homme.

- "Mourir sous les coups" -

Selon les associations de défense des victimes, ce féminicide est le 100e en France depuis le début de l'année. En référence à ce chiffre, Malory est venue déposer sur le mémorial improvisé une plaque noire barrée du nombre "100". "Moi, j'ai failli mourir sous les coups de mon compagnon il y a quelques années, donc forcément c'est quelque chose à laquelle je fais attention", explique cette femme de 32 ans.

Outre les investigations menées sur le meurtre, l'inspection générale de la police nationale a été saisie "afin d'établir avec précision les conditions d'intervention des effectifs de police". Des riverains avaient alerté dans la nuit de vendredi à samedi la police, un équipage s'était rendu sur les lieux, mais n'y avait "trouvé aucun élément relatif" à l'agression mortelle, selon le parquet de Grasse.

C'est grâce aux images des caméras de vidéosurveillance de la ville que le suspect, au casier judiciaire vierge, a finalement pu être interpellé dimanche. En garde à vue, il a dit être en couple avec la victime depuis neuf mois. Et s'il a reconnu une dispute "à propos d'un message sur les réseaux sociaux qu'il soupçonnait qu'elle ait effacé", il a contesté être l'auteur de l'agression mortelle, avait déclaré le parquet de Grasse, qui n'a pas précisé ensuite s'il a modifié sa version des faits dans les heures suivantes de sa garde à vue.

Mardi soir, il a été mis en examen et placé en détention provisoire, après l'ouverture d'une information judiciaire pour "meurtre par concubin".

Vos réactions doivent respecter nos CGU.