États-Unis : un meurtre résolu 32 ans après grâce à la généalogie génétique

États-Unis : un meurtre résolu 32 ans après grâce à la généalogie génétique
Les enquêteurs se sont appuyés sur les bases de données et les archives généalogiques des personnes ayant cherché à connaître leurs ascendances pour retrouver des proches de l'homme soupçonné. (Illustration)

leparisien.fr, publié le samedi 23 juin 2018 à 20h20

Gary Hartman, un américain de 66 ans est soupçonné d'avoir violé et tué une fille de 12 ans en 1986.

Aux États-Unis, un nouveau « cold case » a été résolu 32 années après les faits grâce à la technique très particulière de la généalogie génétique. Les autorités de l'État de Washington sont ainsi parvenues à démêler le mystère de l'agression sexuelle suivie du meurtre d'une adolescente américaine qui avait eu lieu en... 1986.

Mercredi dernier, un homme de 66 ans, Gary Hartman, a été interpellé et écroué et comparaîtra lundi pour se voir signifier les charges pénales pesant contre lui dans cette affaire qui avait choqué la commune de Tacoma, à l'extrémité nord-ouest des Etats-Unis.

Le 26 mars 1986, Michella Welch, une jeune fille de 12 ans, avait disparu alors qu'elle jouait avec ses deux jeunes sœurs dans un parc public de la ville. Un chien policier avait retrouvé dans la soirée son corps, abandonné dans un ravin. Mais l'affaire s'était enlisée, devant un « cold case » c'est-à-dire une affaire non résolue.

Deux frères identifiés

Le mystère a finalement été éclairci en deux étapes et ce grâce aux avancées technologiques dans le domaine des analyses génétiques.

En 2006, un premier pas avait été fait lorsque la police est parvenue à reconstituer une empreinte ADN à partir d'éléments récoltés sur le lieu du crime. Mais l'empreinte ADN n'avait pas parlé, et aucune correspondance avec les fichiers de délinquants connus aux Etats-Unis n'avait été trouvée.

Mais 12 ans plus tard grâce à la généalogie génétique deux personnes avaient été isolées. Deux frères, dont l'âge et le lieu de résidence en 1986 en faisaient des suspects éventuels.

En fait, les enquêteurs se sont appuyés sur les bases de données et les archives généalogiques des personnes ayant cherché à connaître leurs ascendances. « La généalogie génétique utilise la technologie de l'ADN pour associer un profil inconnu à un membre de sa famille. On a alors recours à la généalogie traditionnelle pour construire un arbre généalogique grâce aux sites Internet disponibles publiquement », a expliqué vendredi dans une conférence de presse Donald Ramsdell, le chef de la police de Tacoma.

Une fois les deux frères isolés, ils ont été placés sous surveillance. Les enquêteurs ont ainsi guetté la possibilité de vérifier leur profil génétique. Et l'occasion s'est présentée récemment.

Serviette en papier

Gary Hartman s'est rendu dans un restaurant il y a peu de temps, non loin de lui un enquêteur s'était posé à une table voisine, attendant une ouverture. Elle est arrivée après que Gary Hartman a utilisé une serviette en papier. L'enquêteur s'en ait saisi et l'a confiée à un laboratoire d'analyse, qui a révélé que l'ADN correspondait à celui prélevé sur le jeune victime Michella Welch.

« Cette affaire est véritablement à la croisée du bon vieux travail policier traditionnel, combiné avec les progrès technologiques », a commenté le chef Ramsdell.

« Nous avons désormais atteint un point où, si vous êtes un criminel et que vous laissez votre ADN sur les lieux de votre méfait, alors autant vous rendre : on vous aura », a prévenu de son côté Mark Lindquist, le procureur du comté de Pierce.

Ce n'est pas la première fois que cette technique donne des résultats. La généalogie génétique avait permis d'arrêter fin avril en Californie un homme suspecté d'être le « tueur du Golden State », soupçonné d'être l'auteur de 12 meurtres et une cinquantaine de viols dans les années 1970 et 80.

Compromettre sa famille sur plusieurs générations ?

Mais la technique est aussi controversée. Car ces bases de données de sites privés sont alimentées par le grand nombre d'Américains souhaitant connaître leurs origines ethniques, ou voulant retrouver un parent éloigné. Ils envoient ainsi des échantillons de salives, contenant leur ADN, à des entreprises qui après avoir fait leurs analyses conservent leurs données génétiques dans leurs archives, qui peuvent être consultées par la suite par les autorités américaines.

Le fait que la génétique inclue toute une famille fait que la problématique dépasse le simple cadre personnel, comme le relève dans les colonnes du New York Times la professeure de droit à l'université de New-York et experte en recherche d'ADN Erin Murphy : « Supposons que vous soyez inquiet à propos de votre intimité génétique, si vos frères et sœurs, vos parents ou vos enfants s'engagent dans cette activité en ligne ils compromettent votre famille pour plusieurs générations ». « On peut en apprendre beaucoup à propos d'une famille simplement en accédant à l'ADN de l'un de ses membres » fait-elle encore savoir.

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