Entre douleur et colère, les Mormons du nord du Mexique enterrent leurs morts

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Veillée mortuaire de Rhonita Miller et quatre de ses enfants le 7 novembre 2019 à Bavispe, dans l'Etat de Sonora, au Mexique
Veillée mortuaire de Rhonita Miller et quatre de ses enfants le 7 novembre 2019 à Bavispe, dans l'Etat de Sonora, au Mexique
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© AFP, Herika Martinez
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, publié le jeudi 07 novembre 2019 à 19h39

"Il n'y a pas de mots pour décrire ce qui s'est passé, pas de mots": encore sous le choc après le massacre de neuf de leurs membres, les Mormons du nord du Mexique enterrent leurs morts, entre douleur et colère. 

Sur la scène de crime, plus de 200 douilles ont été retrouvées au pied des trois véhicules où circulaient les victimes, dont un totalement carbonisé, témoignage de la violence de l'attaque.

C'est sur ce chemin de terre, à la limite des Etats de Sonora et Chihuahua, frontaliers des Etats-Unis, que trois femmes et six enfants de cette communauté enracinée dans le nord du Mexique depuis la fin du 19e siècle ont été pris dans une fusillade, victimes collatérales de la guerre que se livrent les trafiquants de drogue dans cette zone, selon le gouvernement.

Huit autres enfants ont survécu, dont un nouveau-né qui a été protégé des balles par le corps de sa mère. 

La communauté, elle, rejette l'hypothèse avancée mercredi par les autorités mexicaines selon laquelle les victimes se sont trouvés au coeur d'une bataille entre deux cartels pour le contrôle d'une parcelle de territoire. Elle estime avoir été une cible directe des cartels à la suite de menaces explicites.

Au Rancho La Mora, où vivaient les victimes, les Mormons préparent les funérailles qui doivent débuter jeudi. Elles devraient se prolonger jusqu'à vendredi, une partie des cercueils devant être transférés vers l'Etat voisin de Chihuaha, où vit l'essentiel de la communauté. 

Mercredi à la tombée de la nuit, une impressionnant convoi de quelque 70 véhicules est arrivé depuis l'Etat de Chihuahua pour assister aux obsèques.

"Nous venons pour honorer leur mémoire, pour essayer de comprendre ce qui se passe. Il revient aux autorités d'enquêter et de nous dire ce qui s'est passé. (...) C'est un acte de terrorisme pour tous les Mexicains", déclare Alex LeBaron, à la tête de ce convoi.

- Unicorne et dinosaure -

Dans le véhicule incendié, se trouvait Rhonita, membre de la famille LeBaron, une des plus importantes de la communauté. Elle et quatre de ses enfants ont été abattus. Trois autres étaient restés à la ferme.

"Il n'y a pas de mots pour décrire ce qui s'est passé, pas de mots", répond Howarth, son époux, lorsqu'on tente de l'interroger.

Son regard triste se pose ensuite sur ses trois enfants qui jouent avec un unicorne, un dinosaure et des figures géométriques. 

Dans ce lieu-dit, une trentaine de maisons en pierre sont entourées de pins. 

Tandis que la récolte de fruits se poursuit, des véhicules militaires patrouillent à l'extérieur du domaine. Ici, les Mormons produisent généralement des fruits secs et des grenades. D'autres traversent la frontière pour aller travailler aux Etats-Unis.

"Nous sommes des gens qui aspirons à créer la paix et à voir grandir nos familles en travaillant honnêtement", confie Julian LeBaron, un des leaders de la communauté, qui reçoit les médias.

"Je ne sais pas où il peut y avoir une confusion. Ils (les assaillants) savaient qu'il s'agissait de femmes et d'enfants et malgré cela, ils les ont attaqués et ont mis le feu (à un des véhicules)", lance-t-il à l'adresse des autorités. 

"Aucune autorité ne peut être considérée comme légitime (...) lorsqu'elle te dit +je ne te protège pas et je t'interdis de t'équiper pour que tu te défendes et tu te protèges. Nous n'acceptons pas cela, c'est stupide", conclut-il, assurant qu'il ne compte pas quitter le Mexique, malgré l'attaque. 

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