Émoi après le suicide de la porte-voix des "policiers en colère"

Émoi après le suicide de la porte-voix des "policiers en colère"
Maggy Biskupski était la présidente de l'association Mobilisation des policiers en colère, née au lendemain de l'attaque de policiers à Viry-Châtillon en 2016

AFP, publié le mardi 13 novembre 2018 à 18h55

Elle était devenue l'une des porte-voix du malaise des policiers après l'attaque de Viry-Châtillon en octobre 2016: Maggy Biskupski, qui s'est donnée la mort chez elle avec son arme de service, a été érigée mardi par la classe politique en symbole de la "souffrance" des forces de l'ordre.

Policière à la brigade anti-criminalité dans les Yvelines, cette jeune femme de 36 ans a été retrouvée lundi à côté de son arme de service avec laquelle elle s'est tirée une balle dans la tête, à son domicile de Carrière-sous-Poissy, selon une source proche de l'enquête. Une lettre a été retrouvée sur place.

Mme Biskupski s'était fait connaître en fondant l'association Mobilisation des policiers en colère (MPC) après la violente attaque au cocktail Molotov de deux véhicules de police à Viry-Châtillon (Essonne) le 8 octobre 2016. Deux policiers avaient été gravement brûlés, deux autres plus légèrement.

Peu après cette attaque, une fronde policière d'ampleur, inédite et spontanée était née, organisée grâce aux réseaux sociaux et sans les syndicats. Pendant quatre mois, brassard "police" au bras pour certains, visage caché pour la plupart, défilant la nuit à Paris ou en province malgré leur devoir de réserve, ils avaient incarné le "malaise" policier.

"C'était une engagée. On pouvait ne pas être d'accord avec elle (...) mais c'était une engagée pour une cause, celle de défendre les policiers, l'honneur des policiers, les moyens matériels des policiers", a réagi mardi sur BFMTV le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

Son activisme politique lui avait valu d'être visée avec trois collègues par une procédure de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour "manquements" au devoir de réserve.

"Quelle que soit la cause de son geste, il est dramatique. Mais il faut entendre cette colère des policiers, je l'ai entendue", a ajouté M. Castaner.

- "Le coeur lourd" -

"Merci à tous pour vos nombreux messages de soutien et de condoléances", a réagi l'association mardi après-midi. "Les membres du bureau du Conseil d'Administration et les collègues de l'association MPC ont le coeur lourd après le suicide de Maggy", écrivent-ils sur les réseaux sociaux. 

"Quelles que soient les raisons qui ont poussé notre Présidente, notre Amie, à ce geste irréversible, nous pensons à elle et à son immense dévouement", ajoutent-ils.

Des responsables politiques de gauche comme de droite ont fait de cette habituée des plateaux de télévision le symbole du malaise des forces de l'ordre.

Le président des Républicains Laurent Wauquiez a exprimé dans un tweet sa "pensée émue" pour la policière, "sa famille et ses collègues". "Symbole d'une police à bout, elle portait le combat de ceux qui nous protègent au quotidien. Nous n'avons pas su la protéger", a-t-il déclaré.

Pour Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national, ce "suicide (...) est le terrible symbole de la souffrance des policiers qu'elle dénonçait inlassablement", a-t-elle tweeté.

Son "suicide alourdit la trop longue liste des policiers morts des conséquences de leur souffrance au travail", a abondé Benoît Hamon, le fondateur du mouvement Générations.

Selon les chiffres de la police nationale, 51 policiers se sont suicidés en 2017. Depuis janvier 2018, on en compte 30 alors qu'à la même époque en 2017 on en dénombrait 46.

Chez LR, le député Eric Ciotti a exhorté dans un tweet à "donner tous les moyens" aux policiers après cette expression de "souffrance".

"Vite une commission d'enquête" sur les suicides des policiers et des gendarmes, pour "agir contre cette souffrance", a réclamé dans un tweet le député de La France insoumise Alexis Corbière, rendant lui aussi hommage à "une voix forte décrivant le quotidien difficile de sa profession".

Les syndicats de policiers ont eux aussi tenu à saluer la mémoire de leur collègue, en refusant "toute polémique" ou "arrière-pensée", alors qu'ils avaient été critiqués par les policiers qui avaient manifesté fin 2016.

"Sans polémique, sans jugement ni arrière-pensée, c'est avec humilité que l'ensemble d'Unité SGP police rend hommage à Maggy", a réagi le syndicat.

"Alliance apprend avec tristesse le décès de notre collègue. Nous avons une pensée pour ses amis, sa famille, ses proches et nous nous associons à leur tristesse", a déclaré à l'AFP Jean-Claude Delage d'Alliance.

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