Elle accuse Philippe Caubère : «Ces violences hantent mon existence»

Elle accuse Philippe Caubère : «Ces violences hantent mon existence»
Solveig Halloin a porté plainte pour viol contre Philippe Caubère.

leparisien.fr, publié le jeudi 03 mai 2018 à 20h27

Solveig Halloin, la femme qui a porté plainte pour viol contre le comédien et metteur en scène Philippe Caubère, nous confie ses difficultés à porter plainte et son long travail de reconstruction.

Solveig Halloin a été entendue pendant plus de cinq heures ce jeudi par la police judiciaire de Toulouse après sa plainte pour « viol » contre le comédien et metteur en scène Philippe Caubère. Le 16 avril dernier, le parquet de Paris avait ouvert une enquête préliminaire. La quadragénaire accuse Philippe Caubère de l'avoir violée, en mars 2010, dans une chambre d'hôtel à Béziers (Hérault). Elle dit aussi avoir été frappée, étranglée et humiliée. Philippe Caubère, qui reconnaît une relation consentie, a porté plainte pour diffamation contre sa victime présumée. Solveig Halloin nous confie ses difficultés à porter plainte et nous parle de sa lente reconstruction.

Comment s'est déroulée votre audition ? Pourquoi avoir décidé de porter plainte 8 ans après les faits ?

SOLVEIG HALLOIN. Pour porter plainte il faut avoir les forces. J'attendais que d'autres victimes le fassent. Cela fait des années que je veux porter plainte, j'ai franchi plusieurs étapes de reconstruction pour y arriver. La société verrouille cette parole de mille façons et cela continue après le dépôt de plainte. C'est le courage des autres femmes qui me porte, et c'est parce que je dois éviter qu'il puisse continuer à agir.

Qu'est-ce qui vous fait croire qu'il pourrait y avoir d'autres victimes ?

Parce que Philippe Caubère ne s'en cache pas et je l'ai longuement relaté dans ma plainte ! Il me décrivait des heures durant ses agissements avec moult détails et les noms de ces femmes. Plusieurs d'entre elles m'ont déjà contacté suite à ma plainte, il appartient à chacune de décider de témoigner. Les lire est pour moi un immense soulagement en même temps qu'une peine. J'espère de tout mon être que beaucoup trouveront le courage de témoigner, de façon anonyme ou pas, en portant plainte ou pas.

Pourquoi avoir suivi Philippe Caubère dans sa chambre d'hôtel alors que vous aviez déjà une mauvaise expérience avec lui ?

J'admirais beaucoup le comédien et cette admiration était un terrain propice à une manipulation de sa part. Il m'a fait croire à une passion amoureuse et je l'ai naïvement cru mais il était uniquement en train d'effectuer le fameux « grooming » (NDLR : cette pratique consiste à se dissimuler derrière une fausse identité sur les réseaux sociaux, afin d'entrer en contact plus facilement avec d'autres)... Sa manipulation a été totale, il a usé de techniques de harcèlement moral très précises qui ont cassé mon intégrité : dévalorisation, culpabilisation, menaces de mort, volonté de m'isoler, chaud\froid, victimisation permanente... Les heures d'endoctrinement au téléphone, de récits qui réitéraient des chocs en cascades.

C'est-à-dire ?

Juste avant de me battre et de me violer, il a simulé un malaise qui m'a beaucoup inquiété dans le couloir de l'hôtel. « Ça va ? Lui ai-je demandé. Tu as mal quelque part ? » Il m'a répondu : « Putain, je suis amoureux ». Dire « Je t'aime » avant de pratiquer des violences fait partie d'un mode opératoire très rodé... L'état de dissociation pour ne pas dire d'aliénation ultime dans lequel me mettaient ses agissements est encore maintenant un souvenir douloureux. Il utilisait les mots du registre affectif pour nommer ses gestes d'une violence totale, ce procédé pervers m'a détruite. Il m'appelait « Salope, maman ! » quand il était en train de m'anéantir.

Avez-vous parlé de votre viol à des proches ?

Oui, le choc traumatique de toutes ces violences perverses hante mon existence. J'en parle de façon récurrente depuis 8 ans, la question n'est pas à qui j'en parle mais qui écoute. La réaction de mes interlocuteurs est absolument fondamentale. La première femme à qui j'ai raconté m'a dit : « Et vous n'avez pas porté plainte ? » Cette phrase, prononcée il y a 8 ans, non seulement m'a sauvée mais m'a permis de porter plainte aujourd'hui.

Avez-vous fait appel à des praticiens ?

La liste de mon parcours de soins est longue : cercle de parole dans un centre de violences faites aux femmes, shiatsu, psychothérapies, psychanalyse, yoga... Ce qui a été salvateur, ce sont les paroles des autres victimes de viol. Les séances d'EMDR (NDLR : cette thérapie utilise le mouvement oculaire pour produire un sentiment de bien-être vis-à-vis d'un souvenir traumatisant) m'ont sorti d'un état suicidaire.

Pourquoi avoir intégré le mouvement des Femen et l'avoir quitté ?

Je suis devenue féministe. Le récit des femmes violentées m'a permis de comprendre que mon vécu n'est pas un cas isolé. Logiquement, agir sur le mode direct en brandissant un torse politique a fait sens et j'ai effectué plusieurs actions de résistance sur le mode « Femen ». Mais j'agis de façon toujours réinventée. Le langage « Femen » est un mode opératoire d'autodéfense féministe parmi des milliers d'autres. Je n'ai pas « quitté » le combat de dignité des femmes, je ne le quitterai jamais, il est le seul qui me reste.

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.