Drôme : le double meurtre du chemin des Cèdres reste un mystère

Drôme : le double meurtre du chemin des Cèdres reste un mystère
Saint-Marcel-lès-Sauzet (Drôme), le 19 juin. Les corps de Jeanne Lelong et de l'un de ses amis ont été découverts au domicile de l'octogénaire.

leparisien.fr, publié le dimanche 24 juin 2018 à 17h43

Jeanne Lelong, 84 ans, une professeure de piano à la retraite, veuve d'un célèbre ingénieur, et son ami, Paul Pastor, 67 ans, ont été tués avec une sauvagerie inouïe sans motif apparent.

Au bout du chemin des Cèdres, le mystère. C'est dans cette demeure un peu isolée du reste du village qu'ont été découverts mardi matin les corps de Jeanne Lelong, 84 ans, et d'un ami Paul Pastor, 67 ans. Elle était une femme d'arts et de culture. Une femme de tête qui avait su surmonter le malheur. Professeure de piano réputée, elle organisait des concerts dans l'église de Saint-Marcel-lès-Sauzet (Drôme).

Qui a donc pu s'acharner à coups de couteau sur Jeanne Lelong et son ami ? Elle a été découverte recroquevillée, comme cachée au pied de l'escalier de sa demeure, tandis que le corps de Paul Pastor a été découvert mutilé dans le jardin. Il était un ami de Jeanne, lui rendait très souvent visite et faisait de petits travaux dans la maison. L'homme, solide gaillard, ancien du bâtiment, a été traîné de la maison vers l'extérieur. L'hypothèse, un moment évoquée, d'un homicide suivi d'un suicide a été écartée.

Détail troublant, les deux corps étaient recouverts d'un drap et d'une couverture au moment de leur découverte. L'implication d'un ou de plusieurs tiers ne fait aucun doute pour les enquêteurs. Surtout lorsque les gendarmes ont remarqué cette vitre brisée, qui signalait une intrusion dans la maison de Jeanne Lelong.

Une « sauvagerie inouïe »

La victime vivait seule depuis le décès de son mari Bernard en mai 2015. « Il avait été le directeur de recherches des cimentiers Lambert puis Lafarge, mais surtout lauréat du prix Albert-Einstein », se souvient Yves Lévêque, le maire du village. Ce docteur ès sciences de l'école des Mines de Paris était connu pour sa collection unique de minéraux et d'insectes. Il en avait fait un livre-thèse de référence, « A la recherche de nouvelles espèces minérales ».

Jeanne Lelong était professeure de piano à la retraite./DR

Selon nos informations, le ou les auteurs présumés de ce double homicide, d'une « sauvagerie inouïe », selon les mots du procureur, ont tenté de noyer la maison sous l'eau en faisant couler les robinets des lavabos et salles de bains pour effacer les traces de sang et d'éventuelles preuves.

L'autopsie des deux victimes a révélé que Paul Pastor a reçu de « dix à quinze coups de lames », et un nombre encore plus grand pour Jeanne Lelong, qui a été frappée d'un lourd objet contondant à la tête. Un acharnement inhabituel pour deux personnes âgées, massacrées sans raison connue.

« Il n'est prévu aucune communication sur ce dossier avant plusieurs jours », expliquait encore samedi Alex Perrin, le procureur de la République à Valence, très prudent. L'enquête a été confiée à la section de recherches de la gendarmerie à Grenoble (Isère).

Plusieurs personnes ont signalé la présence d'un SDF poussant un chariot de supermarché sur la commune mardi et ayant des mots vindicatifs à l'encontre de ceux qui le croisaient. Le chariot a été retrouvé. Pas le SDF.

« Cette femme était la gentillesse incarnée »

La modification de la scène de crime, les ouvertures de robinet pour noyer la maison, et surtout la pose d'un linge sur les corps semble orienter les enquêteurs vers une piste dite de « proximité ». La pose du linge est souvent le signe que le ou les auteurs connaissaient leurs victimes. Les gendarmes, en menant l'enquête de voisinage, ont montré une photo d'un homme à des habitants des environs. En vain.

« Cette femme c'était la gentillesse incarnée. Malgré son âge, il lui arrivait encore de donner des cours de piano. Elle avait surmonté un double malheur. En 2015, elle a perdu son mari et sa fille deux mois plus tard », raconte M. Lévêque avec pudeur. Jeanne Lelong, décrite comme « très croyante », avait fait front. « Elle conduisait sa voiture. Et récemment encore, lors de la réfection de la route en bas de chez elle, nous étions allés la voir après un problème de voirie », poursuit l'élu, qui voit en elle « une grand-mère parfaite et dévouée ».

« Elle était joyeuse, vive, pétillante et curieuse de tout. Et admirait son mari sur qui elle a veillé durant des mois de souffrance lorsque le cancer l'a atteint », confie Odette, une de ses amies, qui lui a rendu hommage dans une lettre publique. Jeanne avait retrouvé sa joie de vivre malgré les épreuves du deuil et se rendait souvent au ciné-club.

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