Des fossoyeurs jugés pour avoir volé des dents en or

Des fossoyeurs jugés pour avoir volé des dents en or
Les fossoyeurs ont agi sur des tombes dont les concessions, arrivées à échéance, n'avaient pas été renouvelées.

leparisien.fr, publié le jeudi 14 juin 2018 à 06h37

Quatre hommes comparaissent ce jeudi pour avoir revendu le précieux métal arraché aux cadavres du cimetière de Pantin, en Seine-Saint-Denis

Ils ont sans doute eu les dents trop longues... Quatre hommes, dont trois fossoyeurs, comparaissent ce jeudi devant le tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour vol aggravé et, pour deux d'entre eux, violation de sépulture et atteinte à l'intégrité d'un cadavre.

Des délits passibles de cinq ans de prison qui recouvrent une réalité pour le moins sordide : ces hommes, employés de la mairie de Paris et affectés à l'entretien du cimetière parisien installé sur la commune de Pantin (Seine-Saint-Denis), sont suspectés de s'être servis sur les cadavres qu'ils étaient censés veiller en leur arrachant leurs dents en or... Un métal précieux qu'ils revendaient au poids dans les nombreuses boutiques spécialisées qui ont fleuri ces dernières années avec l'envol du cours. Ils auraient ainsi empoché à eux quatre près de 20 000 € entre 2009 et 2012 - une estimation basse, l'or dentaire pouvant aussi être payé en espèces...

Des tombes en déshérence

Pour leur défense, les fossoyeurs - dont David B., présenté par tous comme « l'instigateur » de cette pratique - ont argué qu'ils la pensaient légale, en tout cas tolérée et courante dans ce milieu. David B. affirme toutefois n'avoir jamais agi que dans le cadre de son travail et sur des tombes dites « en déshérence », celles dont les concessions sont arrivées à échéance et qui ne sont pas renouvelées... Des sépultures oubliées, comme leur locataire, qu'il faut alors vider et remettre en état pour les revendre.

C'est dans ces uniques occasions, soutient David B., qu'il aurait « trouvé » ces dents ainsi que quelques bijoux. « Il n'a jamais eu l'intention de voler à qui que ce soit, il s'agissait pour lui d'objets abandonnés, abonde son avocat Me Yves Crespin. Il voyait cela comme une forme de complément de salaire », ose même le pénaliste, qui conteste le vol et plaide la bonne foi de son client. Sauf qu'à l'expiration du délai de concession, dents, bagues et gourmettes devenaient en réalité propriété de la ville de Paris, à qui appartient le cimetière...

Repérés par la BAC

Une ligne de défense également incompatible avec les circonstances dans lesquelles la police a été amenée à s'intéresser à ce petit trafic. C'est la BAC qui avait repéré par hasard David B. et l'un de ses amis, en pleine nuit du 26 novembre 2012, le long du mur d'enceinte. Tous deux étaient équipés d'une lampe frontale, de chaussures de sécurité et d'une barre à mine... Dans leurs poches : une dizaine de dents en or maculées de terre fraîche.

David B. maintient qu'il était simplement venu récupérer du matériel professionnel avec l'aide de son ami, lequel a avoué qu'ils venaient d'ouvrir une dizaine de tombes, avant de se rétracter. Qu'importe, la justice n'est pas dupe et pense qu'ils ont menti comme des arracheurs de dents : l'équipée nocturne aurait bien eu pour but de forcer les sépultures, « en dehors de tout cadre administratif » cette fois, souligne la juge d'instruction dans son ordonnance de renvoi.

Un excès de cupidité qui a permis de mettre au jour les pratiques de David B., accusé d'avoir incité ses collègues à lui céder dents et bijoux, qu'il revendait moyennant une petite commission. La transaction s'effectuait alors directement au-dessus de la tombe, à l'aide d'une balance de précision... A l'époque des faits, un gramme d'or - une dent en pèse environ quatre - se négociait environ 43 euros.

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.