Courbevoie : l'animateur pédophile a-t-il été protégé ?

Courbevoie : l'animateur pédophile a-t-il été protégé ?
Arrêté en 2015, Edouard de B. était animateur périscolaire de Courbevoie (Hauts-de-Seine).

leparisien.fr, publié le lundi 07 mai 2018 à 18h58

Malgré d'inquiétants antécédents, Edouard de B., animateur périscolaire a continué à travailler auprès des enfants. Cet homme âgé de 29 ans sera jugé en septembre pour des agressions sexuelles et des viols.

De son propre aveu, il avait été « surpris qu'on lui permette de travailler à nouveau avec des enfants ». « Mes parents, ajoute-t-il même face au juge d'instruction, disaient que c'était une erreur... »

Arrêté le 21 octobre 2015, Edouard de B., animateur périscolaire de Courbevoie (Hauts-de-Seine), sera jugé aux assises, ont appris récemment les parents des petites victimes, du 7 au 14 septembre. L'homme de 29 ans, actuellement en détention provisoire, est accusé d'avoir agressé sexuellement pas moins de quinze enfants, scolarisés en primaire, et d'avoir violé deux d'entre eux.

Comment un tel « massacre », comme le qualifie la mère d'un de ces garçonnets a-t-il pu se produire, alors même qu'Edouard de B. avait déjà été mis en cause à deux reprises depuis 2012 ? C'est tout l'objet de l'enquête préliminaire ouverte en octobre 2017 par le parquet pour « non-dénonciation » : ces premiers faits n'avaient en effet jamais été signalés à la justice, alors même que nombre de ses supérieurs hiérarchiques étaient au courant.

Recadré par une simple lettre

En décembre 2012, six mois après son arrivée au VAL, structure de « vacances, animation et loisirs » de la commune, Edouard de B. est accusé par un élève de lui avoir touché le sexe.

Un événement qu'il reconnaît lors d'un entretien avec ses supérieurs, tout en le replaçant dans le cadre d'un jeu. Et de nier toute intention pédophile, ayant lui-même, précise-t-il, été abusé dans le passé... Une inquiétante confession pourtant absente du compte rendu, qui « minimisait » les faits, a admis devant les policiers l'un de ses rédacteurs. A l'époque, Edouard de B. est alors recadré par simple lettre, et enjoint à adopter une « attitude irréprochable ».

Mais en août 2013, un enfant de 8 ans se plaint à son tour. Cette fois, l'animateur est suspendu durant quatre mois, le temps pour la direction départementale de la cohésion sociale (DDCS), autorité de tutelle du VAL, de diligenter une enquête administrative.

« Le principe de précaution a été appliqué »

Pendant cette période, le père d'Edouard de B. monte au front pour le défendre : il évoque son adoption en Inde et sa légère déficience intellectuelle, attribuée à une malnutrition dans la prime enfance. Il fait également parvenir des attestations d'anciens employeurs, des scouts de Neuilly-sur-Seine, mais aussi de particuliers chez qui il avait fait du baby-sitting... et dont les enfants finiront par dénoncer, eux aussi, des agressions.

Là encore, l'animateur échappe à toute sanction : pour la DDCS, les faits ne sont pas établis. La même préconise pourtant la mise en place pour six mois d'un suivi d'Edouard de B. « en lien avec ses pratiques pédagogiques ». Une mesure inédite et non prévue par les textes... qui ne sera d'ailleurs jamais appliquée.

Le VAL, par la voix de son avocat Me Marc Borten, se défend pourtant de tout manquement. S'agissant des faits de décembre 2012, « il a été considéré qu'ils n'étaient pas de nature sexuelle. Erreur d'appréciation ne vaut pas non-dénonciation », tranche l'avocat. Quant à la seconde alerte, il insiste : « Le principe de précaution a été appliqué », et rappelle qu'il revenait à la DDCS, le cas échéant, de faire un signalement au Parquet.

Les pertes de mémoire étonnantes des collègues

Pour l'avocate des parties civiles Me Marie Grimaud, pourtant, les faits sont là : « On a privilégié un agent au détriment d'enfants en toute connaissance de cause ». La pénaliste, dans un courrier adressé à la juge d'instruction, s'étonne aussi des « nombreuses pertes de mémoire » des collègues et supérieurs de l'animateur. L'un d'entre eux a ainsi nié, contre l'évidence, avoir été présent lors de l'entretien d'Edouard de B. en décembre 2012... et même se souvenir d'un quelconque incident.

Une directrice d'école est revenue sur ses propos après avoir évoqué un autre épisode inquiétant - Edouard de B. aurait suivi une fillette après l'école -, épisode du reste absent de son dossier administratif. Quant à la directrice chargée du suivi de l'animateur après sa réintégration, elle jure que rien n'aurait pu éveiller ses soupçons... alors même que plusieurs collègues d'Edouard de B. l'ont maintes fois mis en garde sur son comportement tactile et ses propos équivoques.

« Si des pressions avaient dû être exercées sur des témoins, le résultat ne serait pas différent », conclut l'avocate, relayant l'exaspération de ses clients, qui réclament des poursuites bien au-delà de l'animateur. Le délit de non-dénonciation est puni de trois ans de prison et 45 000 euros d'amende.

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