Comment endiguer la prolifération des portables en détention

Comment endiguer la prolifération des portables en détention

Le gouvernement a annoncé l'installation d'un téléphone fixe dans chaque cellule. Contre le téléphone portable, le brouillage sera généralisé.

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leparisien.fr, publié le vendredi 06 avril 2018 à 23h35

L'installation de téléphones fixes en cellule et la mise en place de brouilleurs doivent réduire le nombre de portables qui circulent illégalement derrière les barreaux.

Si la possession - et donc l'utilisation d'un téléphone portable - en prison est interdite, les détenus sont autorisés à passer des appels depuis leur lieu de détention en utilisant les « points phone » installés dans les cours de promenades ou les coursives. Comme le décrit une note très précise publiée par l'observatoire international des prisons (OIP), cette possibilité est néanmoins soumise à un certain nombre d'autorisations et de contraintes.

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Par principe, les prisonniers ont le droit de contacter les membres de leur famille ainsi que « d'autres personnes pour préparer leur réinsertion ». Les personnes en détention provisoire, c'est-à-dire pas encore définitivement condamnées, doivent cependant obtenir l'assentiment préalable du magistrat qui supervise la procédure. Pour les condamnés, c'est le chef d'établissement qui a la main. Certains appels sont cependant exonérés d'autorisation préalable comme ceux passés à l'avocat ou à différentes associations. Et à l'exception de ces interlocuteurs très précis, toutes les conversations peuvent être « écoutées, enregistrées et interrompues ».

Mais comme le souligne l'OIP, l'accès aux points phone est, en pratique, limité notamment pour les détenus en maison d'arrêt. « Les horaires d'accès ne sont pas adaptés puisqu'ils correspondent aux heures de travail ou d'école des proches, appuie François Korber, le délégué général de l'association d'aide aux détenus Robin des Lois. Dans un espace ouvert, l'intimité des communications n'est pas non plus respectée. »

Le brouillage des communications contre le portableConsciente de ces difficultés, le gouvernement a donc décidé de doter toutes les cellules, soit plus de 50 000 dans les 188 établissements du pays, de téléphones fixes. La finalisation du marché est en cours et le déploiement devrait s'étaler sur les trente prochains mois. « Cela va permettre de faciliter le maintien des liens familiaux des détenus, souligne-t-on à l'Administration pénitentiaire (AP). Cette accessibilité plus large est également un outil de prévention du suicide. Les prisonniers qui auront un gros coup de blues pourront plus facilement contacter leurs proches. » L'investissement sera à la charge du prestataire privé, qui sera rémunéré par le coût des télécommunications. « La durée du contrat a été fixée à 10 ans de manière à obtenir le tarif le plus attractif possible », ajoute-t-on à l'AP. Les appels aujourd'hui passés depuis les points phone sont en effet bien plus élevés qu'à l'extérieur.

Cette politique d'installation généralisée des appareils en cellule s'accompagne d'une lutte renforcée contre le trafic des portables derrière les barreaux. L'an dernier, 40 067 appareils et accessoires de téléphonie ont ainsi été saisis en détention. Parfois, certains sont laissés délibérément en circulation car leurs utilisateurs sont placés sur écoute par les enquêteurs.

L'accent va donc être mis sur le brouillage des communications. « Les 804 brouilleurs actuellement en service sont désuets. C'est pourquoi, au lieu de toujours courir après la technologie, nous allons passer par un prestataire qui devra garantir le brouillage permanent d'un établissement sous peine de pénalité », explique l'administration pénitentiaire. Le premier site équipé sera celui de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) d'ici l'été. Suivront ceux de Fresnes (Val-de-Marne), Osny (Val-d'Oise) et de la Santé (Paris) lors de sa réouverture à l'automne. À terme, tous les établissements seront concernés.

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