Claude Chossat, le "repenti" corse autoproclamé: "naïf" ou "manipulateur" ?

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Les dossiers judidiaires dans la salle du tribunal d'Aix-en-Provence le 28 octobre 2019 avant l'ouverture du procès de Claude Chossat, le "repenti" corse
Les dossiers judidiaires dans la salle du tribunal d'Aix-en-Provence le 28 octobre 2019 avant l'ouverture du procès de Claude Chossat, le "repenti" corse
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© AFP, GERARD JULIEN

, publié le lundi 28 octobre 2019 à 21h05

"Naïf et influençable" ou "manipulateur"? Au premier jour du procès de Claude Chossat, "repenti" autoproclamé et ex-homme de main de Francis Mariani dans le gang corse de la Brise de Mer, deux portraits de l'accusé se sont affrontés, lundi, à Aix-en-Provence.

"A la recherche d'un modèle identificatoire", M. Chossat se serait attaché à Francis Mariani comme à un père, explique Elisabeth Roux, psychologue, en duplex-vidéo depuis Bastia: "Monsieur Francis Mariani est visiblement le héros que son père n'a pas été".

"J'avais un lien affectif avec lui, il me fascinait", confirme l'accusé au président de la cour, au sujet de celui dont il a été chauffeur et homme à tout faire en 2007 et 2008. "Je l'avais rencontré à la prison de Borgo en 2000, c'était le boss, le parrain, c'est lui qui gérait la détention". 

42 ans, chemise et veste noire, fines lunettes et barbe soigneusement taillée, Claude Chossat explique calmement ces deux années au côté de Francis Mariani, et son départ en décembre 2008, vers la Suisse: "A ce moment-là, je décide de quitter la Corse et de lui tourner le dos, il avait complètement pété un plomb".

Aux assises d'Aix-en-Provence pour assassinat en bande organisée et association de malfaiteurs, Claude Chossat est accusé d'avoir abattu Richard Casanova, alias "Charles" ou "le menteur", le 23 avril 2008, sur le parking d'une concession Volkswagen de Porto-Vecchio (Corse du Sud).

Si son ADN est retrouvé sur le pas de tir ayant servi au meurtre, il nie pourtant être le tueur. C'est Francis Mariani qui a tiré, a-t-il toujours accusé. Fondateurs de la Brise de Mer dans les années 1970, Casanova et Mariani seraient passés de l'amitié à la haine. Francis Mariani soupçonnait même Casanova d'avoir tenté de le faire assassiner.

- "Le Bon Dieu sans confession" -

Mais Francis Mariani n'est plus là pour répondre. Il a perdu la vie en janvier 2009 dans l'explosion du hangar où il se trouvait, en pleine cavale.

Du côté des parties civiles, la famille de la victime est bien présente lundi après-midi à l'ouverture du procès: François Casanova, 89 ans, son père, Nicole, sa soeur, et Sandra Germani, son ex-concubine. Et leurs avocats refusent ce portrait de Chossat, celui d'un homme faible, relégué aux tâches subalternes. Celui que certains avaient rebaptisé "chaussette" en prison. Celui à qui on "aurait donné le Bon Dieu sans confession", selon un de ses anciens employeurs. 

Relisant certains passage du rapport de Mme Roux, Me Pierre Bruno souligne ainsi que si l'accusé se présentait "comme quelqu'un de naïf, d'influençable", il avait aussi "un niveau intellectuel au-dessus de la moyenne", en ayant "la sagesse de ne pas en faire étalage": "Moi j'appelle ça un manipulateur", assène l'avocat.

Monsieur Chossat "est très perméable aux suggestions des personnes importantes pour lui", analyse Michel Delaburte. "Au point de tuer, pour faire plaisir à M. Mariani?", interroge Me Emmanuel Marsigny, autre avocat des parties civiles. "Il pouvait tout faire", répond l'expert, laissant aux jurés le soin de répondre à cette question.

Pour les parties civiles, le but est affiché: effacer cette image de "repenti" que M. Chossat revendique depuis son arrestation, en 2009.

"En décembre 2009, j'ai décidé de rompre avec mon passé de délinquant", a encore répété l'accusé lundi devant les jurés: "Ce qui m'a valu d'être agressé par neuf détenus à la prison d'Ajaccio. Je ne sais pas encore comment je m'en suis sorti". 

"Certes je n'ai pas le statut de repenti, mais je me considère comme un repenti", répond l'accusé quelques minutes plus tard devant la cour.

"L'envoyer en prison, ce serait l'envoyer se faire tuer", déclare de son côté Sandrine Chossat, l'épouse de l'accusé, affirmant vivre dans une peur permanente, avec "toujours un sac prêt pour partir".  

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