Ces commissariats qui baissent le rideau

Ces commissariats qui baissent le rideau
Davantage de policiers seront sur le terrain la nuit grâce à la mutualisation des commissariats, selon le ministère de l'Intérieur.

leparisien.fr, publié le samedi 23 juin 2018 à 19h35

Moins de commissariats ouverts la nuit et le week-end dans la petite couronne de Paris, et donc plus de policiers sur le terrain. C'est l'équation du ministre de l'Intérieur. Les syndicats de policiers et les élus locaux ne sont pas convaincus.

Déposer plainte dans son commissariat la nuit, ou simplement y accéder si besoin. Une démarche banale aujourd'hui, qui pourrait le devenir beaucoup moins très prochainement. Depuis un an, c'est en effet un discret, mais vaste projet de « mutualisation » des commissariats de petite couronne qui est mis en œuvre par la préfecture de police (P.P.) de Paris.

L'idée est simple. Il s'agit de fusionner autant que possible certains services. Sont dans un premier temps concernés les brigades de nuit, ainsi que les services dits de traitement judiciaire les week-ends et jours fériés. Cette nouvelle organisation est pour l'instant prévue pour les départements des Hauts-de-Seine, du Val-de-Marne et de la Seine-Saint-Denis. Si aucun plan d'ensemble n'a jamais été communiqué, nous avons pu, par recoupement, dresser une liste aussi exhaustive que possible des rapprochements à l'œuvre.

« Beaucoup d'élus ne sont pas encore au courant »

Certains projets sont aboutis, d'autres à l'étude. Plusieurs sont démentis par la P.P.. Il n'empêche. Dans un courrier adressé aux élus concernés, en mai 2017, le préfet de police Michel Delpuech annonçait vouloir « déterminer une organisation adaptée des services de police », avec « mutualisation [...] de certaines fonctions », et ce « afin de redéployer les effectifs vers des missions prioritaires. »

Les syndicats de police, en première ligne, n'y croient pas. Et notamment Unité-SGP-FO, l'un des premiers mobilisés, qui battra cette semaine le rappel des troupes à l'échelle francilienne. Jeudi, il mobilisera ses adhérents à travers les trois départements concernés. « L'objectif de ces rapprochements est très clair, fustige Eddy Sid, porte-parole régional du syndicat. C'est surtout d'économiser des effectifs et du matériel. Le tout sur le dos de la sécurité de nos concitoyens. »

Pour l'Intérieur, il s'agit au contraire d'un « changement de doctrine », comme l'avait expliqué Gérard Collomb. « La nuit, la moitié des commissariats des 83 circonscriptions de petite couronne reçoivent moins de deux plaignants, détaille Frédéric Dupuch, le directeur de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne (DSPAP). Il est plus judicieux que ces agents soient sur le terrain, dans leur véhicule, qu'à rester derrière leur bas flanc. »

De nombreux élus locaux n'y croient pas. « Et encore, beaucoup ne sont pas au courant de ce qui est à l'œuvre, décrypte Eddy Sid. Le maire de Saint-Denis, par exemple, a découvert ce qu'il se tramait lorsque nous l'en avons prévenu. » « On nous a vendu une police proche des gens avec la police de sécurité du quotidien(PSQ), mais c'est l'inverse qui est en marche, déplore un policier de Saint-Ouen. On connaît les quartiers, on a vu grandir les gosses. Quand on interviendra la nuit aux Francs-Moisins (NDLR : à Saint-Denis), on n'aura pas cette lecture-là. »

Des mutualisations à Paris intra-muros

« C'est la moitié des commissariats de police franciliens que la P.P. envisage de fermer, accusait il y a quelques mois Marie-France Rose, sénatrice (LR) des Hauts-de-Seine. Viendront ensuite la grande couronne et la province. » Et, selon nos informations, d'autres mutualisations à Paris intra-muros. Interpellé au Sénat, Gérard Collomb ne cachait pas sa volonté d'appliquer la même recette pour un maximum de services, dont ceux d'investigation. Mais « il n'y aura aucune fermeture de commissariat », assure de son côté Frédéric Dupuch.

« Le ministère ne mesure pas l'impact logistique. Les problèmes vont pleuvoir, reprend ce même policier de Seine-Saint-Denis. Les délais d'intervention vont augmenter. » « Au final, il y aura moins de policiers sur la voie publique, pronostique Eddy Sid. Ça va être la fête des cambriolages ! Quant aux policiers les plus âgés, avec cette réforme qui va impacter lourdement leur quotidien, ce sera encore plus difficile de les garder en Ile-de-France. Nous allons perdre en expérience. »

De fait, Frédéric Dupuch concède un problème d'effectifs en matière d'officiers de police judiciaire (OPJ), passés dans ces départements de 3 200 à 2 700 en 2017. « Quand Vitry-sur-Seine traite 1 000 gardes à vue par an avec huit OPJ, et que Charenton-le-Pont en gère le même nombre avec 19 OPJ, c'est que le service rendu n'est pas à la hauteur, martèle le DSPAP. Ces mutualisations visent justement à l'améliorer. »

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