Camion charnier en Hongrie : 25 ans de prison pour les trafiquants

Camion charnier en Hongrie : 25 ans de prison pour les trafiquants
L'arrivée d'un des accusés, Samsoor Lahoo, au tribunal de Kecskemét.

leparisien.fr, publié le jeudi 14 juin 2018 à 17h09

Près de trois ans après la mort par suffocation de 71 migrants dans un camion frigorifique découvert en Autriche, quatre trafiquants étaient jugés pour ce drame qui avait choqué l'opinion mondiale.

En août 2015, en Autriche, 71 migrants avaient été découverts morts par suffocation dans un camion frigorifique. Jeudi, près de trois ans après le drame, la cour d'assises de Kecskemét a prononcé des peines de 25 ans de prison ferme à l'encontre des quatre principaux trafiquants impliqués. Le parquet a toutefois fait appel.

Après un an de procès, au vu de la gravité des faits, le procureur Gabor Schmidt avait requis la réclusion criminelle à perpétuité. Il avait exigé, pour trois des trafiquants, que cette peine soit incompressible, une disposition existant en droit hongrois.

Originaires de Syrie, d'Irak et d'Afghanistan, les victimes - 59 hommes, huit femmes et quatre enfants, dont un bébé - avaient été prises en charge près de la frontière serbe en Hongrie le 26 août 2015, espérant rejoindre l'Allemagne, au plus fort de la crise migratoire qui avait mis des dizaines de milliers d'exilés sur les routes.

Moins de 30 mètres cubes pour respirer

Les 71 victimes avaient été entassées dans 14 mètres carrés, avec moins de 30 mètres cubes d'air pour respirer. Dans ce compartiment hermétiquement clos, elles avaient péri d'étouffement en moins de trois heures, leurs convoyeurs ayant refusé de s'arrêter pour les laisser accéder à de l'air frais, malgré leurs cris de détresse.

Le véhicule avait été découvert le lendemain près de la localité autrichienne de Parndorf, non loin de la frontière hongroise. L'onde de choc provoquée par le drame avait favorisé l'ouverture momentanée des frontières aux milliers de migrants désireux de rejoindre l'ouest de l'Europe.

Lors du procès, les principaux mis en cause ont tous assuré n'avoir pas su que les passagers agonisaient, malgré des preuves accablantes. Le chef du réseau, Samsoor Lahoo, un Afghan de 31 ans au visage fin, a répété lors de sa prise de parole finale n'avoir « voulu la mort de personne ».

Des écoutes qui ne laissent planer aucun doute

Selon l'accusation, les écoutes téléphoniques réalisées par la police hongroise ne laissent pas de place au doute. Alerté par ses hommes sur le fait que les migrants suffoquaient et criaient pour qu'on leur donne de l'air, il avait interdit que soit entrouvert le compartiment frigorifique.

« Qu'il les laisse plutôt mourir. C'est un ordre », avait intimé Samsoor Lahoo à son adjoint. « S'ils meurent, qu'il les décharge dans une forêt en Allemagne », avait-il aussi déclaré. Confronté à ces enregistrements, l'intéressé, qui a régulièrement adopté une attitude de défi durant son procès, s'est contenté d'évoquer des « propos irréfléchis ».

Pour le procureur, c'est une « indifférence effroyable et une cupidité sans limite » qui l'ont guidé : en pleine vague migratoire, les transports clandestins du réseau, facturés jusqu'à « 3500 euros » par personne, se succédaient à rythme soutenu et ne devaient souffrir aucun contretemps.

Le drame n'avait pas empêché le réseau d'organiser dès le lendemain un nouveau transport dans des conditions similaires. Une nouvelle hécatombe n'avait été évitée que parce que les 67 passagers avaient réussi à défoncer la porte du compartiment.

Le parquet hongrois a annoncé faire appel. « Le verdict ne reflète pas suffisamment les conditions du crime », a expliqué devant la cour de Kecskemét le procureur Gabor Schmidt.

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