Cambriolage mortel de Servian : le propriétaire innocenté par des voyous ?

Cambriolage mortel de Servian : le propriétaire innocenté par des voyous ?

Daniel Malgouyres, ici en 2017, soupçonné d'avoir commandité son propre cambriolage, a vu sa nouvelle demande de remise en liberté refusée ce mercredi.

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leparisien.fr, publié le mercredi 11 avril 2018 à 22h09

Trois malfaiteurs projetaient de s'attaquer au jardin Saint-Adrien à Servian (Hérault) une semaine avant le cambriolage mortel. Leurs confessions pourraient mettre hors de cause le propriétaire Daniel Malgouyres, dont l'avocat demande de nouveau la remise en liberté.

La mystérieuse affaire du cambriolage mortel du jardin Adrien à Servian (Hérault) est en passe de livrer ses secrets. Après six mois d'enquête et un énième rebondissement, les soupçons autour de Daniel Malgouyres, le propriétaire du domaine, présenté comme le commanditaire de son propre cambriolage, semblent se dissiper. Le meurtrier présumé de l'un des cambrioleurs de son domicile pourrait curieusement devoir son salut à trois malfaiteurs chevronnés du milieu grenoblois, comme l'a révélé ce mercredi le Midi Libre.

Le 28 septembre, soit une semaine avant le cambriolage de Servian, ces trois voyous effectuent un long et minutieux repérage du jardin Saint-Adrien. Ce que les malfrats ignorent, c'est qu'ils sont sous la surveillance de la brigade de recherche et d'intervention (BRI) de Montpellier. L'unité d'élite de la police judiciaire les soupçonne d'avoir commis une violente agression, un an plus tôt, au domicile de riches Nîmois.

Tous les faits et gestes des malfrats sont filmés par des caméras de haute définition en vue de nourrir l'enquête qui permettra de les arrêter quelques semaines plus tard. Leurs conversations sont même reconstituées grâce à un spécialiste de la lecture du langage sur les lèvres.

«100 000 € dans le congélateur»Mais, curieusement, une semaine plus tard, ce n'est pas ce trio-là qui va commettre le cambriolage mortel de Servian. Les gendarmes de la section de recherche de Montpellier, qui, entre-temps, ont récupéré l'information des policiers, ont voulu tirer l'affaire au clair dans cette enquête où les zones d'ombre ne manquent pas.

Interrogés mi-mars, les trois malfaiteurs qui sont incarcérés ont raconté qu'ils avaient renoncé au cambriolage après le repérage des lieux. « En fait nous n'avions qu'une semaine pour préparer le coup et passer à l'action, a expliqué aux enquêteurs l'un des voyous qui estimait ce temps insuffisant. « L'argent risquait d'être parti. Je ne voulais pas prendre le risque d'y aller à l'aveuglette » a-t-il ajouté dans un procès-verbal que nous avons pu consulter.

Aucun des voyous n'évoque le fait que Malgouyres ait été au courant du volLeur recruteur ? Richard Llop, le moniteur d'équitation de Françoise Malgouyres, un proche déjà mis en examen dans le dossier et incarcéré. Le projet aurait été soumis à un des voyous au mois d'août 2017. Richard Llop lui aurait dit qu'il y « avait au moins 100 00 euros cachés dans le congélateur familial et qu'il y avait un peu d'argent un peu partout ».

Le moniteur d'équitation aurait ainsi révélé au malfrat « l'existence de caches aménagées dans certains meubles » et « dans les radiateurs ». La consigne était de « faire vite » car le propriétaire, décrit par Llop comme « quelqu'un de pas méchant, un peu niais et « dort debout », envisageait de s'installer avec sa maîtresse et de partir en octobre en voyage.

Elément favorable pour Malgouyres : aucun des trois voyous n'évoque le fait que le propriétaire ait été au courant de ce vol. De quoi ébranler la thèse de l'accusation. Saisi d'une nouvelle demande de remise en liberté de Malgouyres, le JLD l'a rejetée hier. Llop, entendu mardi, a affirmé avoir fait appel à une première équipe à laquelle il n'avait pas parlé du rôle de Malgouyres. « C'est consternant, réagit l'avocat de Malgouyres, la place de mon client n'est pas en détention ».

UNE ENQUÊTE ÉMAILLÉE DE SURPRISES5 octobre 2017 : cambriolage mortel

Deux hommes cagoulés font irruption vers 20 heures dans le jardin Saint-Adrien à Servian (Hérault), propriété de Daniel et Françoise Malgouyres. Ils exigent par la force le coffre-fort. Au cours du cambriolage, Daniel Malgouyres, 68 ans, abat avec une carabine l'un des malfaiteurs. L'autre prend la fuite. La victime, David Viers, 43 ans, est un joueur de poker endetté. Daniel Malgouyres, qui plaide la légitime défense, est mis en examen pour « homicide volontaire » et placé sous contrôle judiciaire.

17 octobre : 1er rebondissement

Richard Bruno, le deuxième cambrioleur, est interpellé à Perpignan. Il accuse le propriétaire d'être de mèche avec son complice décédé. Daniel Malgouyres lui aurait confié vouloir récupérer l'argent de sa femme avant de la quitter pour une maîtresse brésilienne. Daniel Malgouyres est mis en examen pour « complicité de tentative de vol avec arme » et écroué. Il clame son innocence.

27 novembre : 2eme rebondissement

Grâce à des écoutes téléphoniques, les policiers interpellent deux autres complices présumés : Jean-Pierre Bruno, 77 ans, le père du cambrioleur survivant, et surtout Richard Llop, 52 ans, un proche du couple. Cet éleveur de chevaux est le moniteur d'équitation de Françoise Malgouyres et son confident. Il est aussi l'ami de Jean-Pierre Bruno. Les deux hommes ont échangé 276 fois au téléphone en six mois avant de stopper toute communication le jour du cambriolage. L'analyse du bornage du téléphone de Llop montre que ce jour-là, le moniteur d'équitation a rencontré Jean-Pierre Bruno, et les deux cambrioleurs.

Janvier 2018 : 3ème rebondissement

105000 euros appartenant à Françoise Malouyres sont découverts enterrés dans le paddock de son cheval au centre équestre de Richard Llop. La cavalière aurait caché cet argent chez son moniteur après l'incarcération de son mari. Un 7.65 et des munitions sont aussi retrouvés dans une buse.

Le jeudi 8 mars, Daniel Malgouyres voit sa troisième demande de remise en liberté rejetée. ll reste en prison.

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