"Ça suffit": à Washington, les manifestants antiracistes exigent l'égalité

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Discours du président américain Donald Trump, le 27 août 2020 à la Maison Blanche
Discours du président américain Donald Trump, le 27 août 2020 à la Maison Blanche
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© AFP, Brendan Smialowski

, publié le samedi 29 août 2020 à 07h33

Entre espoir et lassitude, une foule de manifestants antiracistes s'est retrouvée vendredi au coeur de Washington pour réclamer la fin des violences policières contre la minorité noire après une série de bavures qui ont rouvert les plaies raciales de l'Amérique.

57 ans jour pour jour après l'emblématique discours du leader de la lutte pour les droits civiques Martin Luther King, "I have a dream", des dizaines de milliers de personnes ont marché à nouveau sur la capitale fédérale pour exiger de profondes réformes.

Sa petite-fille Yolanda King, 12 ans, a pris le micro pour réclamer "l'égalité réelle". "Nous sommes la génération qui allons démanteler le racisme systématique une bonne fois pour toute", a-t-elle lancé avec vigueur.

Intitulée "Enlevez votre genou de nos cous", le mot d'ordre de la manifestation faisait référence à la mort de George Floyd, un quadragénaire noir asphyxié par un policier blanc le 25 mai à Minneapolis, dont le calvaire a déclenché un mouvement de protestation inédit depuis des décennies aux Etats-Unis.

"Submergé" par l'émotion, son frère Philonise a remercié les manifestants pour leur mobilisation. "J'aimerais tellement que George soit là pour vous voir...", a-t-il dit en pleurs, avant d'ajouter, optimiste lui aussi: "le changement est en train d'arriver parce que nous l'exigeons."

- "Deux systèmes" -

Mais d'autres ont laissé filtrer leur amertume. "Nous sommes fatigués des promesses non tenues", a déclaré l'un des organisateurs, le révérend Al Sharpton devant le mémorial érigé en l'honneur du président Abraham Lincoln qui a aboli l'esclavage il y a un siècle et demi. 

Dans la foule, très diverse, Don Carlisle, un quinquagénaire noir exprimait la même frustration. "Cela fait 300 ans qu'on attend l'égalité", a-t-il dit à l'AFP. "Techniquement, nous avons construit ce pays et nous sommes toujours traités de manière injuste."

Le père de Jacob Blake, grièvement blessé dimanche à Kenosha, dans le nord du pays, a lui fait scander "pas de justice, pas de paix", alors que l'agent qui a tiré plusieurs balles dans le dos du père de famille n'a toujours pas été arrêté, ni inculpé.

Dernier outrage selon ses proches: le jeune homme de 29 ans, qui a perdu l'usage de ses jambes, est resté menotté à son lit d'hôpital jusqu'à vendredi. "Il y a deux systèmes judiciaires aux Etats-Unis, un pour les Blancs, un pour les Noirs", a regretté Jacob Blake père.

Ce drame a entraîné des manifestations émaillées de violences pendant trois nuits à Kenosha, où deux personnes ont été abattues apparemment par un jeune de 17 ans qui, armé d'un fusil d'assaut, s'était joint à des milices censées défendre les commerces locaux.

L'affaire Jacob Blake a aussi déclenché un mouvement de protestation sans précédent dans le monde du sport. Après la décision des joueurs de basket-ball des Milwaukee Bucks de boycotter un match, la NBA a dû reporter plusieurs rencontres mercredi et jeudi. Les compétitions reprendront toutefois samedi.

- "Balles tirées" -

Les orateurs ont salué les athlètes et déploré en revanche le discours du président Donald Trump qui, depuis des semaines, insiste sur les violences commises en marge des manifestations sans un mot sur le fond des revendications des Afro-Américains.


En campagne pour sa réélection, il se pose en défenseur de "la loi et de l'ordre" face à son rival démocrate Joe Biden, qu'il accuse de vouloir livrer les Etats-Unis aux "anarchistes" et "émeutiers".

Toutes les familles ont dénoncé les pillages mais nous ne vous avons pas entendu dénoncer les balles tirées", a rétorqué le révérend Sharpton.

"Nous ne sommes pas en sécurité aujourd'hui avec lui au pouvoir", a ajouté Tracy Williams, une militaire noire à la retraite venue manifester en famille. 

Sur une ligne tout aussi politique, plusieurs orateurs ont appelé les manifestants à voter massivement le 3 novembre. 

"Nous devons marcher vers les urnes pour défendre les libertés pour lesquelles les générations précédentes se sont durement battues", a notamment déclaré le fils de Martin Luther King, qui avait dix ans quand son père a été assassiné.

Et la colistière de Joe Biden, Kamala Harris, première femme noire candidate à la vice-présidence des Etats-Unis s'est adressée par message vidéo aux manifestants: "nous avons une occasion de marquer l'Histoire, ici et maintenant."

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