Braquage: le procès en appel de Redoine Faïd maintenu, même sans lui

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L'avis de recherche de Redoine Faïd sur le site d'Interpol en avril 2013
L'avis de recherche de Redoine Faïd sur le site d'Interpol en avril 2013
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© AFP

, publié le jeudi 27 février 2020 à 23h52

Le procès en appel du braquage d'un fourgon blindé en 2011, dont Redoine Faïd est le principal des quatre accusés, aura bien lieu. La cour d'assises du Pas-de-Calais a décidé jeudi soir son maintien, même en l'absence de l'as de l'évasion en grève de la faim, qui a refusé d'être extrait de cellule.

Après plusieurs heures de suspension d'audience, la présidente de la cour a en effet rejeté la demande de renvoi formulée par ses avocats, qui ont annoncé des pourvois en cassation, non suspensifs.

Elle a également décidé de poursuivre dans la soirée  l'audience jusqu'à la désignation des jurés et commis d'office l'une des avocates de Faïd, Me Yasmina Belmokhtar, qui a toutefois prévenu qu'elle ne serait pas présente au procès.

Les conseils de Faïd avaient formulé leur demande de renvoi pour plusieurs raisons: grève des avocats, incompétence de la cour d'assises de Saint-Omer pour les affaires de criminalité organisée, client pas en état de se défendre en raison de sa grève de la faim et de la soif, entamée il y a une semaine pour dénoncer ses conditions à l'isolement - "pires que Guantanamo", selon Me Franck Berton.

La présidente a rejeté leurs arguments, estimant notamment que l'accusé avait entamé cette grève de la faim pour se soustraire à ses juges et qu'il recommencerait cette action si le procès était reporté. L'avocat général avait dénoncé une "manoeuvre", s'appuyant sur un courrier envoyé par Faïd il y a dix jours dans lequel il annonçait à ses co-accusés qu'il allait se faire "porter pâle".

Dans les couloirs, Me Berton a déploré le rejet du renvoi du procès par la présidente, pour qui "il faut que la justice passe coûte que coûte et peu importe les droits de l'Homme".

Il a annoncé trois pourvois auprès du président de la Cour de cassation et réaffirmé qu'il quittait le banc de la défense d'un "homme entre la vie et la mort" et "toujours pas hospitalisé" malgré ses demandes.

"Quand quelqu'un joue avec sa vie, c'est qu'il est désespéré", a ajouté Me Berton, qui ira voir vendredi matin son client à la prison de Vendin-le-Vieil, à 80 km de là, pour lui signifier la décision de la cour et lui demander s'il veut ou non arrêter sa grève de la faim.

A l'ouverture du procès en début d'après-midi, Sylvie Karas avait constaté l'absence dans le box de Faïd. "Je ne pense pas qu'il soit libre... sauf évasion", avait-elle ironisé. Elle a ensuite envoyé un huissier de justice pour le sommer de comparaître, ce qu'il a à nouveau refusé.

- Evasion en hélicoptère -

Faïd, 47 ans, a fait appel du verdict de la cour d'assises du Nord qui l'a condamné en octobre 2017 à 18 ans de prison. Tout comme quatre complices, il avait été reconnu coupable d'avoir attaqué à l'explosif un fourgon blindé de la société Loomis sur une route nationale du Pas-de-Calais le 17 mars 2011, dérobant plus de deux millions d'euros. 

Des six accusés, seul Fabrice Hornec - cousin des frères Hornec, figures du grand banditisme de la région parisienne - avait été acquitté. Tous s'étaient dits innocents et Faïd a toujours nié une quelconque participation. Un n'a pas fait appel.

Le temps de ce procès en appel, ses avocats avaient demandé qu'il soit transféré dans l'établissement pénitentiaire le plus proche du tribunal de Saint-Omer, à Longuenesse. Sans succès.

Car la crainte d'une tentative d'évasion est dans tous les esprits au palais de justice, qui a réalisé des travaux de sécurisation pour 250.000 euros.

Condamné en appel en avril 2018 à vingt-cinq ans de prison pour son rôle d'"organisateur" d'un braquage raté de 2010 dans le Val-de-Marne, Redoine Faïd ou "l'écrivain", comme le surnomment les policiers, s'est évadé en hélicoptère quelques mois plus tard, en juillet, de la prison de Réau (Seine-et-Marne).

Arrêté dans sa ville natale de Creil (Oise) après trois mois de cavale, il est depuis à l'isolement dans le centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil, l'un des plus sécurisés de France. Il a déjà été condamné à dix ans de prison en mars 2017 pour sa spectaculaire évasion de la prison de Sequedin (Nord) en 2013.

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