Braquage: incertitude sur la tenue du procès de Redoine Faïd, en grève de la faim

Braquage: incertitude sur la tenue du procès de Redoine Faïd, en grève de la faim
L'avis de recherche de Redoine Faïd sur le site d'Interpol en avril 2013

, publié le jeudi 27 février 2020 à 04h31

L'as de l'évasion Redoine Faïd, en grève de la faim depuis une semaine, doit être jugé jeudi en appel pour le braquage d'un fourgon blindé en 2011, mais ses avocats espèrent obtenir le renvoi de ce procès placé sous haute sécurité.

Le principal des quatre accusés qui doivent être rejugés devant les assises du Pas-de-Calais à Saint-Omer refuse d'être extrait de cellule.

Et sa défense va demander le renvoi pour quatre motifs: grève des avocats, "conditions de détention" à l'isolement considérées comme indignes, "incompétence" des assises de Saint-Omer en matière de criminalité organisée et procès "inéquitable", selon l'un de ses avocats.

"Redoine dit +tant que je n'aurais pas de conditions de détention normales, je refuse de participer à ce procès+", a rapporté à l'AFP Me Hugues Vigier, qui a demandé mardi une expertise médicale "en urgence sur la nécessité ou pas de l'hospitaliser et sur sa capacité de comparaître devant une cour d'assises".

"S'ils refusent de renvoyer" le procès, "nous, ses avocats, on partira", a-t-il prévenu.

Faïd, 47 ans, a fait appel du verdict de la cour d'assises du Nord qui l'a condamné en octobre 2017 à dix-huit ans de prison. Tout comme quatre complices, il avait été reconnu coupable d'avoir attaqué à l'explosif un fourgon blindé de la société Loomis sur une route nationale du Pas-de-Calais le 17 mars 2011, dérobant plus de deux millions d'euros. 

Des six accusés, seul Fabrice Hornec --cousin des frères Hornec, figures du grand banditisme de la région parisienne-- avait été acquitté. Tous s'étaient dits innocents et Faïd a toujours nié une quelconque participation.

- "Tout reste ouvert" - 

Il est censé prendre place sur le banc des accusés en début d'après-midi mais, selon ses avocats, un expert médical l'a vu mercredi en début de soirée. Il serait très affaibli par sa grève de la faim et de la soif entamée le 20 février.

"Il y a une différence entre ne pas vouloir (être extrait) et ne pas pouvoir. La présidente appréciera s'il y a lieu de le faire extraire, de se passer de lui pour le juger ou de renvoyer. Tout reste ouvert, la grève de la faim est un cas très particulier", estime une source judiciaire.

Ses avocats avaient demandé qu'il soit transféré dans l'établissement pénitentiaire le plus proche du tribunal de Saint-Omer, à Longuenesse. Sans succès.

S'il "reste un accusé comme un autre", selon sa défense, la crainte d'une tentative d'évasion est dans tous les esprits au palais de justice, qui a réalisé des travaux de sécurisation pour 250.000 euros: des obsèques ne pourront par exemple pas être célébrées dans la cathédrale jouxtant le tribunal durant la durée du procès, prévu jusqu'au 18 mars, et la circulation routière sera restreinte voire interdite dans les rues voisines.

"Peut-on juger sereinement dans de telles conditions de sécurité?", s'interroge Quentin Lebas, avocat de Saïd Agouni, tenu pour le logisticien du braquage.

Condamné en appel en avril 2018 à vingt-cinq ans de prison pour son rôle d'"organisateur" d'un braquage raté de 2010 dans le Val-de-Marne, Redoine Faïd ou "l'écrivain", comme le surnomment les policiers, s'est évadé en hélicoptère quelques mois plus tard, en juillet, de la prison de Réau (Seine-et-Marne).

Arrêté dans sa ville natale de Creil (Oise) après trois mois de cavale, il est depuis à l'isolement dans le centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), l'un des plus sécurisés de France.

Il a déjà été condamné à dix ans de prison en mars 2017 pour sa spectaculaire évasion de la prison de Sequedin (Nord) en 2013.

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