Bordeaux: 20 ans requis contre un père qui a jeté son bébé dans la Garonne

Bordeaux: 20 ans requis contre un père qui a jeté son bébé dans la Garonne

A picture taken on August 17, 2012 shows a high relief on the facade of the Amiens criminal court prior to the hearing of the three young men arrested in connection with rioting that devastated part of the northern city of ...

AFP, publié le vendredi 30 mars 2018 à 15h30

Vingt ans de réclusion ont été requis vendredi contre le père d'un bébé de 22 mois, jeté dans la Garonne un soir de novembre 2014: le geste d'un "dépressif", "désespéré", un "guerrier fragile qui ne supportait pas de perdre la guerre": la garde de l'enfant allait lui être retirée.

Au terme du procès, ouvert lundi devant la cour d'assises de la Gironde, l'avocat général Eric Seguin a décrit un "père aimant incontestablement son enfant, protecteur, hyper-protecteur même", mais l'aimant "d'un amour exclusif, morbide, où il n'y avait pas de place pour la mère".

Cette mère, dont Anthony Gaudry, 36 ans, était séparé depuis cinq mois, "il n'a jamais voulu qu'elle revoie (l'enfant). Elle ne l'a jamais revue", a déclaré pour sa part Me Hélène Poulou, avocate de la mère, partie civile, de la petite Yumi. Le corps avait été découvert cinq semaines plus tard, quelque 80 km en aval dans l'estuaire de la Gironde.

"Ce n'est pas un accident", a martelé l'avocate, tandis que le père, depuis les faits, plaide la thèse de l'imprudence suivie d'un accident. L'enfant, assise sur le parapet métallique du pont alors qu'il lui montrait le fleuve, lui aurait échappé des mains en faisant un brusque mouvement et aurait basculé dans la Garonne.

Coup de coude au sternum ? Coup de pied ? Soudaine volte-face à 180 degrés de l'enfant ? Les versions successives fournies par l'accusé et "l'invraisemblance de la thèse" donnent "la nausée", estimera l'accusation qui pour autant ne retiendra pas la thèse de la préméditation mais plutôt celle d'un "guerrier malade, perdant pied", avec "tous les clignotants au rouge ce soir-là".

"Je cherche des explications pour savoir comment ça s'est passé", a affirmé à la barre l'accusé, qui comparaît détenu.

Pour le Dr Daniel Zagury, expert psychiatre, Anthony Gaudry n'avait "pas les idées claires" et se trouvait en "errance" le soir du drame: des allées-venues avec l'enfant, un premier passage sur le pont, un passage chez des amis, une pizza mangée avec l'enfant, puis un retour fatal sur le pont.

"On ne peut éliminer une dimension homicide + suicide avorté", a dit l'expert.

L'avocat général a retenu une altération du discernement, et une atténuation de responsabilité, assortissant les 20 ans requis d'un suivi socio-judiciaire de 10 ans. Mais, relevant l'absence de sentiment de culpabilité ou de remords exprimé à la mère, présente à l'audience, il a prévenu les jurés que l'accusé, "égoïste forcené" mais "pas un monstre", mettra "beaucoup de temps à revenir dans le monde des humains".

Le verdict est attendu tard vendredi soir.

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