Bordeaux : 20 ans de prison pour le père qui a jeté sa fille dans la Garonne

Bordeaux : 20 ans de prison pour le père qui a jeté sa fille dans la Garonne

Les assises de Gironde n'ont pas retenu la thèse de l'accusé qui plaidait l'accident après la mort de sa fille de 22 mois (illustration).

leparisien.fr, publié le samedi 31 mars 2018 à 09h28

Le père infanticide évoque un « accident », un psychiatre l'hypothèse d'un « homicide et d'un suicide avorté ».

Vingt ans de prison. Telle est la peine prononcée vendredi contre un père de 36 ans pour avoir, un soir de novembre 2014, jeté son bébé de 22 mois dans la Garonne, à Bordeaux. La cour d'assises de Gironde l'a également condamné à cinq ans de suivi sociojudiciaire.

L'avocat général Eric Seguin avait requis 20 ans de prison. Il avait décrit l'accusé comme un « père aimant incontestablement son enfant, protecteur, hyperprotecteur même », mais l'aimant « d'un amour exclusif, morbide, où il n'y avait pas de place pour la mère ».

La mère n'a jamais pu revoir sa filleCette mère dont Anthony Gaudry était séparé depuis cinq mois, « il n'a jamais voulu qu'elle revoie (l'enfant). Elle ne l'a jamais revue », a affirmé Me Hélène Poulou, avocate de la mère de la petite Yumi. Le corps de l'enfant avait été découvert cinq semaines plus tard, 80 km en aval.

« La justice a fait ce qu'elle avait à faire. Attendre ce procès pendant trois ans et demi a été interminable. Cette semaine a été très éprouvante, mais elle se termine avec honneur, en l'honneur de Yumi », a réagi la mère de la victime sur France bleu.

« Ce n'est pas un accident », a martelé son avocate, tandis que le père, depuis les faits, plaide l'imprudence suivie d'un accident : « l'accident le plus con du monde », comme il l'a dit vendredi. L'enfant, assise sur le parapet métallique du pont alors qu'il lui montrait le fleuve et les lumières de la ville, lui aurait échappé en faisant un brusque mouvement.

« Un égoïste forcené »Pour le Dr Daniel Zagury, expert psychiatre, Anthony Gaudry, dans un « vécu d'impasse », n'avait « pas les idées claires », et « oscillait, un pas en avant, un pas en arrière ». « On ne peut éliminer une dimension homicide + suicide avorté », avait dit l'expert, doutant que le père ait eu « une représentation psychique avérée » de ce qu'il allait réaliser.

Faute d'empathie et de remords exprimés, l'avocat général a prévenu que le père, « pas un monstre », mais un « égoïste forcené », mettra « beaucoup de temps à revenir dans le monde des humains ». Pour la défense, Me Julien Plouton s'est, elle, évertué à rappeler aux jurés « le doute, l'absence d'absolue certitude » et en particulier « l'absence de témoins directs [...] de l'instant T ».

Un doute qui par définition « doit bénéficier à l'accusé », une « vérité judiciaire à défaut de vérité absolue », introuvable en ce cas. Elle a fait part de satisfaction que la cour ait retenu la notion d'altération du discernement. Son client n'envisage pas d'appel.

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