Avalanche mortelle: des peines de prison requises contre quatre gradés

Avalanche mortelle: des peines de prison requises contre quatre gradés
Imprudences, négligences... Des peines allant de deux ans d'emprisonnement avec sursis à un an ferme ont été requises à Lyon contre quatre gradés mis en cause dans l'avalanche qui a causé la mort de six légionnaires à ...

AFP, publié le vendredi 11 octobre 2019 à 19h07

Imprudences, négligences... Des peines allant de deux ans d'emprisonnement avec sursis à un an ferme ont été requises vendredi à Lyon contre quatre gradés mis en cause dans l'avalanche qui a causé la mort de six légionnaires à Valfréjus (Savoie) en 2016. 

Pour le procureur Bernard Reynaud, "les conclusions de l'expertise sont accablantes" pour les prévenus qui comparaissaient jeudi et vendredi devant le tribunal correctionnel siégeant dans sa formation militaire. 

Manque de préparation, méconnaissance des lieux, objectif final mal défini, "considérable erreur" de topographie et d'itinéraire, sous-estimation du risque d'avalanche, absence de consultation des spécialistes locaux: "ils ont eu tout faux", a-t-il résumé, pointant la "faute caractérisée" des quatre gradés, deux capitaines et deux adjudants, tous titulaires du diplôme de chef de détachement de haute montagne.

En conséquence, le ministère public a requis pour homicides involontaires et blessures involontaires trois ans d'emprisonnement assortis de sursis et 5.000 euros d'amende contre l'un des capitaines, trois ans d'emprisonnement dont deux seulement avec sursis, pour l'autre capitaine, en raison d'une précédente condamnation (pour violences conjugales) et 5.000 euros d'amende.

De même, deux ans d'emprisonnement assortis de sursis et 3.000 euros d'amende ont été requis contre les deux adjudants, dont l'un, aujourd'hui adjudant-chef, avait déclenché l'avalanche avec le groupe de tête. 

De leur côté, des avocats de la défense ont réfuté qu'il y ait eu de véritables failles dans l'organisation de la course, évoquant un "tragique accident". Les prévenus, entendus de nouveau vendredi, se sont encore renvoyés la balle sur leurs rôles et responsabilités. 

L'un a parlé d'un "entraînement à visée pédagogique, supposant d'aller sur un terrain qu'on ne connaît pas", l'autre a argué qu'il y avait en tête du groupe "des gens qualifiés, avec des cartes", un autre assurant "avoir tout mis en oeuvre pour assurer la sécurité".   

- "Novices" en montagne -

Le 18 janvier 2016, 52 militaires du 2e régiment étranger de génie (REG) de Saint-Christol (Vaucluse), qui appartient à la 27e Brigade d'infanterie de montagne (BIM), participaient à une sortie à ski de randonnée dans le cadre d'un stage destiné à leur apprendre les bases du déplacement en montagne.

A la mi-journée, une grosse coulée de 400 mètres de large sur 300 mètres de dénivelé, partie au-dessus du groupe, emportait 18 soldats.

Cinq légionnaires - un Albanais, un Malgache naturalisé Français, un Italien, un Moldave, un Népalais - sont morts sur le coup. Un sixième, un Hongrois, est décédé une semaine plus tard des suites de ses blessures. Âgés de 21 à 33 ans, ils devaient partir en mission au Tchad, au Mali et en Centrafrique. Sept autres soldats ont été blessés.

Deux détachements avaient été réunis et ces militaires étaient "des novices, la moitié d'entre eux n'avaient jamais chaussé de skis", selon le procureur.

"Dans la Légion, c'est +ferme ta gueule et avance+", a-t-il noté, citant le témoignage de survivants qui avaient pressenti le drame en observant l'état de la neige. 

Le jour des faits, Météo-France affichait un risque d'avalanche "marqué" de 3 sur une échelle de 5, surtout sur le type de pente raide où le groupe s'était engagé, sous le col du Petit Argentier (2.599 mètres). Et le Bulletin d'estimation du risque d'avalanche précisait qu'une faible surcharge (le passage d'un seul skieur) pouvait déclencher une avalanche. Ils étaient une cinquantaine...

"Quand on lit un tel bulletin, il faut renoncer", a estimé le procureur.

Selon l'expert Richard Lambert, la neige était alors constituée "de cristaux comparables à des roulement à billes, recouverts d'une très fine plaque à vent". Appuyer dessus avec des skis, c'était l'avalanche assurée.

Le jugement sera rendu le 20 décembre.

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