Aux assises, Assa Traoré offensive à la barre pour défendre son frère Bagui

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Assa Traoré au procès de son frère Bagui Traoré à Pontoise le 21 juin 2021
Assa Traoré au procès de son frère Bagui Traoré à Pontoise le 21 juin 2021
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© AFP, Alain JOCARD

publié le mercredi 23 juin 2021 à 18h29

"Qu'on laisse notre famille tranquille !" La militante antiraciste Assa Traoré a défendu mercredi avec une détermination toute maternelle son petit frère Bagui, jugé aux assises en lien avec les émeutes après la mort de leur frère Adama en juillet 2016.

"Je me retrouve à la barre du mauvais côté. Je me retrouve avec ma famille du côté des coupables, pas du côté des victimes", lance la femme de 36 ans, en robe à pois rouges et baskets, devenue une icône de la mobilisation contre les violences policières.

Cinq personnes dont Bagui Traoré, le donneur d'ordres présumé, comparaissent depuis lundi à Pontoise pour des tirs d'armes à feu au cours de violents affrontements de rue dans les communes de Persan et Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise), situées à une trentaine de kilomètres au nord de Paris.

Plus de 70 membres des forces de l'ordre sont parties civiles dans le procès prévu pour durer trois semaines. Les accusés encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

Devant le jury, la charismatique militante, aussi admirée par ses partisans qu'elle est haïe par ses contempteurs, a corrélé le procès actuel à la mort de leur frère Adama, décédé le 19 juillet 2016 peu après son arrestation par des gendarmes.

"Quand on voit cet acharnement envers ma famille, j'ai juste envie de rappeler que la famille Traoré, c'est nous qui avons perdu quelqu'un", déclare-t-elle. Qu'"on laisse notre famille tranquille !".

Sur les accusations qui visent Bagui pour son rôle présumé dans les émeutes qui ont éclaté juste après la mort d'Adama, son "jumeau" de cœur: "Il était tellement dans le mal qu'il n'aurait même pas pu imaginer faire ça", assure Assa, qui a élevé les garçons quand ils étaient enfants.

"Il était très abattu, il n'arrêtait pas de pleurer, de crier : +On a tué mon frère, on a tué mon frère+."

- Famille soudée -

Dans la lignée des premiers jours d'audience, la sœur est revenue sur la personnalité et le parcours chaotique du jeune homme de 29 ans, né en France au sein d'une famille polygame de dix-sept enfants dirigée par un père chef de chantier arrivé du Mali dans les années 1960.

Dans la fratrie soudée "où les notions de demi-frère et demi-sœur n'existent pas", selon une enquêtrice de personnalité, la progéniture se divise entre les "grands", nés de mères françaises dans les années 1970, et la génération ultérieure des "petits", de mères maliennes, à laquelle appartiennent Bagui et Adama.

Le décès soudain du patriarche, emporté par un cancer quand Bagui a six ans, prive le clan de sa figure morale tutélaire et de son pilier financier. Ils plongent dans l'instabilité, la précarité. Les mères maliennes partent travailler pour subvenir aux besoins, abandonnant l'éducation des "petits" à Assa, encore adolescente.

Pour Bagui, la mort du père marque le début de la dérive. "S'il avait été là, je n'aurais jamais dérapé", confie-t-il à une enquêtrice de personnalité lors de l'instruction. Il sort du système scolaire à l'âge de 12 ans, connaît ses premiers démêlés avec la justice à 14.

"Bagui n'a pas eu la chance de connaître notre père. On n'a pas grandi avec le même bagage, avec les mêmes armes", relate Assa, qui a dû assumer la double charge de grande sœur et de "mère de substitution" des "petits".

Violences, vols, stupéfiants, extorsion: depuis l'adolescence, le jeune homme alterne entre séjours en prison et périodes de liberté. Parmi les siens, Bagui entretient une relation "fusionnelle" avec Adama, son cadet de quelques mois, au point que beaucoup les décrivent comme inséparables.

Le 19 juillet 2016, les deux frères se trouvent ensemble à Beaumont-sur-Oise lorsque les gendarmes, qui recherchent Bagui pour une affaire d'extorsion, les repèrent et les interpellent. Arrêté au terme d'une course-poursuite, Adama est déclaré mort quelques heures plus tard dans la cour de la caserne.

"Bagui est celui qui est le plus impacté par ce décès dans notre famille", a rapporté mardi à la barre Lassana Traoré, l'un des "grands". "C'est quelque chose qu'il a eu beaucoup de mal à digérer, à vivre avec".

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