Autriche: le "cerveau" de l'Ibizagate jugé pour trafic de drogue

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Julian Hessenthaler (g), escorté par des policier, arrive au tribunal de Sankt-Pölten pour son procès, le 8 septembre 2021 en Autriche
Julian Hessenthaler (g), escorté par des policier, arrive au tribunal de Sankt-Pölten pour son procès, le 8 septembre 2021 en Autriche
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© AFP, ROLAND SCHLAGER, APA

publié le mercredi 08 septembre 2021 à 13h02

Un détective privé, cerveau du scandale de l'Ibizagate qui avait provoqué la chute du gouvernement autrichien en 2019, est jugé mercredi pour trafic de drogue, des poursuites qualifiées "d'excessives" par des ONG qui soupçonnent une manoeuvre pour le "réduire au silence".  

Le procès s'est ouvert en début de matinée au tribunal de Sankt-Pölten (Basse-Autriche, nord-est).

Julian Hessenthaler, arrêté en décembre 2020 à Berlin puis extradé en Autriche où il se trouve en détention, est soupçonné d'avoir revendu plus d'un kilo de cocaïne en 2017/18, alors qu'il se trouvait dans une situation financière difficile. 

Incriminé par des témoins, l'homme de 40 ans nie les faits qui lui sont reprochés et qui pourraient lui valoir 15 ans de prison. 

Dans la presse locale, son avocat Me Oliver Scherbaum a déploré "des accusations forgées de toutes pièces pour éliminer ceux qui dénoncent la corruption en politique".

Devant une commission d'enquête parlementaire en avril, Julian Hessenthaler avait expliqué avoir eu "l'idée" de la vidéo tournée en 2017 en caméra cachée sur l'île d'Ibiza, montrant le chef de l'extrême droite Heinz-Christian Strache prêt à se compromettre avec des intérêts russes en échange de financements.

Sa diffusion dans les médias en mai 2019 avait provoqué un séisme en Autriche, entraînant la démission de M. Strache, alors numéro deux du gouvernement et la chute de la coalition entre la droite et l'extrême droite. 

Sur le front judiciaire, l'épisode a abouti au lancement d'enquêtes tous azimuts contre plusieurs responsables influents. L'ancien vice-chancelier a ainsi été condamné fin août à 15 mois de prison avec sursis dans une affaire de corruption qui a émergé à la suite du scandale.

"La diffusion de la vidéo, rendue possible par Julian Hessenthaler, a lancé un débat d'intérêt public sur l'aptitude de Heinz-Christian Strache à occuper des fonctions publiques", souligne Thomas Lohninger, directeur de l'organisation autrichienne epicenter.works, dans un communiqué publié par 15 ONG, parmi lesquelles Amnesty International et Reporters sans frontières (RSF).

Celles-ci accusent "les autorités autrichiennes de recourir à d'autres accusations criminelles ou, du moins, de procéder avec excès afin de réduire le prévenu au silence", faute de pouvoir le poursuivre pour la publication de la vidéo protégée par la liberté d'expression.

Cette affaire pourrait avoir "un effet dissuasif sur de futures sources d'information ou lanceurs d'alerte", redoutent les ONG.

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