Au tribunal, un naturopathe jugé pour exercice illégal de la médecine

Au tribunal, un naturopathe jugé pour exercice illégal de la médecine
Un naturopathe a comparu vendredi à Paris pour exercice illégal de la médecine, après le décès de deux personnes souffrant d'un cancer qui avaient suivi ses recommandations

publié le samedi 11 septembre 2021 à 09h22

"Le seul moyen d'y pallier, c'est la purge": un naturopathe a comparu vendredi à Paris pour exercice illégal de la médecine, après le décès de deux personnes souffrant d'un cancer qui avaient suivi ses recommandations.

Miguel B., 44 ans, se tient droit dans sa veste claire, les mains jointes et l'expression déliée. Assise derrière lui, la femme qui a porté plainte en 2019 contre lui, après la mort de son compagnon décédé à 41 ans.

Victime d'un cancer des testicules en 2016, ce dernier n'a pas été consulter un chirurgien mais a suivi le "plan de santé" du naturopathe, rencontré via sa société qui vend des extracteurs de jus. Le "protocole": jeûnes, purges à l'huile de ricin, plantes et huiles essentielles.

Au fil des mois, son état de santé s'est aggravé. Finalement hospitalisé à "59 kilos pour 1m80", il est décédé le 18 décembre 2018.

"Il a promis à mon compagnon, de diverses manières, de le guérir et qu'il ne passerait pas par la chirurgie, par la chimio", déclare sa compagne à la barre. "J'ai mis du temps à comprendre qu'il était sous cette emprise que Miguel B. a maintenue jusqu'au bout".

Dans une série de textos versés au dossier, le malade décrit sa fatigue, ses douleurs, croissantes. Le naturopathe répond qu'il doit "se mettre à la diète", "purger le soir", "boire des infusions".

Quand il lui demande s'il doit prendre des antibiotiques, le prévenu lui écrit que "les cocktails d'huiles essentielles valent tous les antibiotiques du monde". "Les métastases sont des blocages lymphatiques, le seul moyen d'y pallier, c'est la purge", ajoute-t-il.

- Prison ferme requise -

La famille d'une kinésithérapeute belge, décédée d'un cancer de l'utérus à 39 ans et qui avait elle aussi consulté le prévenu, s'est jointe au dossier.

Sur internet, le nom du prévenu est associé au titre de "docteur en médecine moléculaire", spécialisé dans le cancer du cerveau.

Miguel B. affirme avoir fait "14 ans d'études" dont un doctorat à l'université de Pennsylvanie et un post-doctorat à l'école de médecine de Harvard.

Au cours d'un long interrogatoire qui tourne rapidement au dialogue de sourds avec les magistrates, il assure ne "jamais" se présenter avec ses "consultants" comme "médecin", ni "docteur" - "je leur dis: appelez-moi Miguel", précise-t-il.

Il ne promet pas de "guérir" mais "d'aider le corps à se nettoyer".

"Et quand vous faites ça, ça n'est pas de la médecine ?", interroge une magistrate assesseure en montrant une page remplie de schémas et d'équations.

"C'est pas de la médecine, c'est de la science (...) J'essaie d'expliquer comment le nettoyage se passe dans le corps", répond le prévenu.

Les deux malades se sont vus "privés, en choisissant les pratiques de Miguel B. plutôt que la médecine conventionnelle, d'une chance de survie", assène la procureure, dénonçant des "pratiques extrêmement dangereuses".

Elle rappelle que la qualification d'"homicide involontaire" n'a pas été retenue du fait de la "difficulté d'établir un lien de causalité certain" entre les décès et le naturopathe.

Contre un prévenu qui "ne s'est jamais remis en question", elle requiert deux ans d'emprisonnement dont un ferme sous bracelet électronique, avec une interdiction définitive de pratique.

"Il ne faut pas faire de ce procès celui de la naturopathie", qui n'est "pas interdite par la loi", plaide l'avocat de Miguel B.

Un avertissement figurait dans les "plans de santé", qui n'est "pas de pure forme" et "il y a des échanges de sms qui montrent qu'il ne détournait pas les patients de la médecine", poursuit Me Guillaume Martine en demandant sa relaxe.

Jugement le 15 octobre.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.