Au tribunal, le footballeur, le rappeur et les cambrioleurs

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Le footballeur Eric Choupo-Moting (n°17) et son capitaine Thiago Silva (n°2), lors du match contre Toulouse au Parc des Princes, le 25 août 2019 à Paris
Le footballeur Eric Choupo-Moting (n°17) et son capitaine Thiago Silva (n°2), lors du match contre Toulouse au Parc des Princes, le 25 août 2019 à Paris
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© AFP, FRANCK FIFE

publié le mercredi 23 juin 2021 à 21h24

Un jour, il faisait un selfie avec un footballeur du PSG et le lendemain, il cambriolait son appartement: à l'ouverture de leur procès, des hommes poursuivis pour des vols chez des célébrités ont reconnu mercredi deux "missions" dans des quartiers huppés.

Ils sont huit prévenus, soupçonnés d'avoir formé une équipe de cambrioleurs ayant ciblé, entre autres, le joueur Thiago Silva, l'animateur Patrick Sébastien ou encore le rappeur Booba.

Sept cambriolages leur sont reprochés et le tribunal a débuté mercredi par celui d'Eric Choupo-Moting, dévalisé le 28 novembre 2018 pendant qu'il participait à un match de Ligue des champions au Parc des princes.

Il venait d'emménager, n'avait pas encore d'alarme: il déplore la disparition de 62 sacs de luxe, une dizaine de montres, des stylos Mont-Blanc ... le tout estimé à environ 600.000 euros.

Selon les enquêteurs, deux hommes sont montés au 5e étage, avant de longer un rebord extérieur puis une gouttière et d'entrer par une fenêtre. Ils sont ressortis par la porte d'entrée, emportant leur butin dans les sacs onéreux trouvés sur place.

Ce soir-là, "j'ai fait la grimpe", reconnaît à la barre Kader B., veste verte, voix grave interrompue par des quintes de toux. D'où venait le "plan" ? "C'est une personne qui m'a donné l'adresse, la semaine avant", dit-il, sans donner de nom.

Au fil des questions, il explique avoir constitué une "équipe" de trois, se disant qu'il y aurait des "objets de valeur" chez le sportif. La veille, il fait du "repérage"... et croise le joueur. "Je ne savais pas qu'il serait chez lui. J'ai fait un photo avec lui", dit le prévenu.

"Faire un petit selfie et aller le cambrioler le lendemain, c'est pas un peu bizarre ?" s'étonne le président du tribunal. 

"Non", répond le prévenu.

- Montre Booba "bradée" -

Les huit prévenus sont amis de longue date et presque tous originaires du même quartier parisien de la Goutte d'Or. Appelé à la barre, l'un d'eux remet prestement ses chaussures - neuves donc douloureuses, dit-il, sous les rires. Un autre fait un clin d'oeil à son coprévenu dans le box.

"Attention, les petites rigolades, ça pourrait être une manière d'imaginer que le contexte n'est pas sérieux, alors qu'il est très sérieux", sermonne le président. 

Sur les images de vidéosurveillance, les policiers ont compté quatre hommes ce soir-là, dont un "de grande taille": c'est Abdelazim G., qui se courbe dans le box pour parler dans le micro.

Kader B. "cherchait une voiture" et lui "propose de l'accompagner pour une mission", raconte celui qui est surnommé "Bidou". "Sur la route, il m'a expliqué", poursuit-il, "j"ai pas dit non, j'assume que j'ai participé".

Il était au poste de "guetteur" en bas mais il a aussi regardé "le match" sur son téléphone, lâche-t-il au détour d'une question. Le match auquel participait Eric Choupo-Moting.

"C'est assez cocasse de regarder quelqu'un à la télé qu'on est en train de cambrioler", relève le président, flegmatique. 

"Ça arrive pas tous les jours", s'amuse le prévenu, poursuivant plus sérieusement: "Y a une occasion qui s'est présentée à moi avec une opportunité de changer de vie, voilà", "la tentation était plus forte que moi".

Au final, il a tiré "13.000 euros" de cette affaire et s'est acheté une voiture, dit-il.

C'est lui qui a eu le "plan" du cambriolage suivant chez Booba - Elie Yaffa au civil - à Boulogne-Billancourt, issu d'une "discussion de promenade" en prison, en 2013. "Je me sentais pas capable de faire ce vol-là", dit Bidou, mais le cambriolage chez le footballeur, "ça m'a ouvert les yeux, comme quoi, c'est des riches mais on peut aller chez eux aussi".

Hicham H., explique avoir à l'époque accepté cette proposition, étant "addict aux jeux" et criblé de dettes. 

Le 9 décembre 2018, ces cambrioleurs récidivistes embarquent bijoux, vêtements, cartes bancaires, soit 500.000 euros en valeur.

Mais des trois montres de luxe dérobées, ils n'obtiendront cependant "que 50.000 euros", assure le prévenu, l'une d'elle était une "pièce unique" portant le nom de Booba: "On les a bradées !"

Fin du procès le 30 juin.

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