Assises de la Lozère: "On aurait dit qu'on avait tué le cochon"

Assises de la Lozère: "On aurait dit qu'on avait tué le cochon"
Le chef d'enquête et les proches de Denys Tichit ont témoigné des scènes d'une rare violence qui ont laissé l'octogénaire dans un état de dépendance totale

publié le mardi 19 octobre 2021 à 18h40

Séquestré pendant une heure, il y a deux ans et demi à Mende (Lozère), Denys Tichit a vécu des scènes d'une rare violence qui l'ont laissé dans un état de dépendance totale, ont témoigné mardi le chef d'enquête et les proches de cet octogénaire.

"Je suis policier, j'ai l'habitude des scènes de crime. Mais là, on aurait dit qu'on avait tué le cochon", a témoigné mardi Félicien Girard, le gendre de M. Tichit, devant les assises de la Lozère, au sujet du calvaire enduré par son beau-père, à son domicile, dans la nuit du 28 au 29 janvier 2019, à l'écart du village de Chastel Nouvel, à 5 km de Mende.

La violence des faits a été soulignée mardi par le gendarme de la section de recherche de Nîmes (Gard) chargé de la direction de l'enquête sur ce braquage: "Je pense qu'il a été projeté contre le mur puis traîné jusqu'à son garage. Ça a été très violent et ça a duré très longtemps. Ce sont des choses que je n'ai pas souvent vues et eux, ils en rigolaient", a-t-il expliqué, en évoquant les écoutes téléphoniques réalisées pendant l'enquête.

Selon le rapport médical, les agresseurs lui ont donné des coups de crosses de fusil, sauté sur le corps et ils ont cogné son visage sur le sol.

A l'audience, les six jurés --deux femmes et quatre hommes-- et les trois magistrates professionnelles ont pu voir les photos prises par les enquêteurs des larges taches rougeâtres qui maculaient les murs, le sol et un radiateur du domicile de Denys Tichit, ainsi que d'impressionnants clichés de son visage tuméfié. 

Les deux accusés sont deux trentenaires de la région, Sébastien Pastot et Franck Théobald, qui auraient organisé cette agression pour récupérer un magot qui n'existait pas.

- "Dans un autre monde" -

Les deux hommes, alors en difficultés financières et en prise à des problèmes d'alcool, ont avoué pendant l'enquête et à nouveau lors de l'ouverture du procès lundi s'être introduits chez l'octogénaire afin de le forcer à révéler où il cachait son argent. 

Le vieil homme, surpris dans son sommeil, avait été immédiatement roué de coups et ligoté avec un câble électrique.

Sébastien Pastot, qui connaissait les lieux pour y avoir effectué des travaux de maçonnerie, et Franck Théobald, copain de bistrot qui avait accepté de participer à ce "coup", étaient finalement repartis avec un maigre butin de 60 euros. Ils encourent 30 ans de réclusion criminelle.

Denys Tichit avait finalement réussi à se libérer seul et à se réfugier chez un voisin malgré 10 côtes cassées et de nombreuses plaies au visage et sur le corps.

A la barre, ses voisins, son beau-fils, sa fille Cécile ou encore Odile, sa compagne, ont décrit un homme qui, malgré ses 81 ans, était "en pleine forme" jusqu'à son agression. Féru de chasse, de pêche et de jardinage, bricoleur touche-à-tout, il avait une vie de "retraité actif".

Atteint depuis lors de graves troubles cognitifs, incapable de marcher et amnésique, selon l'expertise médicale, "il est dans un autre monde", a résumé sa fille Cécile, qu'il "ne reconnaît plus": "C'est moi qui ai nettoyé le sang de mon père sur les murs, ça non plus, jamais je ne l'oublierai".

Le verdict est attendu mercredi. Les deux hommes encourent une peine de 30 ans de réclusion criminelle.

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