Agression mortelle d'un couturier chinois d'Aubervilliers: deux jeunes aux assises

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Des proches de Zhang Chaolin lors d'une cérémonie d'hommage au couturier chinois assassiné en août 2016
Des proches de Zhang Chaolin lors d'une cérémonie d'hommage au couturier chinois assassiné en août 2016
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© AFP, ALAIN JOCARD
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AFP, publié le jeudi 14 juin 2018 à 09h16

L'affaire avait provoqué d'importantes manifestations, devenant un symbole du racisme envers les Asiatiques en France: deux jeunes hommes sont jugés à partir de vendredi à Bobigny pour l'agression mortelle d'un couturier chinois d'Aubervilliers en 2016.

Leur procès devant la cour d'assises des mineurs de Seine-Saint-Denis doit se tenir jusqu'au 19 juin à huis clos, comme c'est la règle lorsque des mineurs sont jugés.

Ce 8 août 2016, Chaolin Zhang, 49 ans, père de deux enfants, se rend au restaurant. Il est accompagné d'un ami, lui aussi d'origine chinoise. Sur leur chemin, ils croisent trois jeunes âgés de 15, 17 et 19 ans.

Rapidement, les adolescents les rattrapent. L'un décoche un violent coup de pied qui atteint Chaolin Zhang au buste. Dans sa chute, sa tête percute un muret. Il mourra cinq jours plus tard à l'hôpital, des suites de ses blessures.

Son ami est lui aussi projeté au sol par un coup de poing au visage. Les agresseurs s'emparent de sa sacoche et prennent la fuite. Il s'en sort avec sept jours d'incapacité totale de travail (ITT).

Quelques jours plus tard, après avoir entendu parler de l'affaire à la télévision, les agresseurs reviendront sur les lieux pour détruire à coups de marteau la caméra de vidéosurveillance qui filmait la rue.  

Au fil des auditions, l'un d'eux a reconnu qu'ils s'en étaient pris à des Asiatiques parce qu'"ils avaient entendu dire qu'elles avaient beaucoup d'argent sur elles", selon une source proche de l'enquête. Ce qui leur vaudra d'être jugé pour "vol avec violences ayant entraîné la mort" ainsi qu'une "ITT inférieure à huit jours", avec la circonstance aggravante de racisme. 

Le plus jeune des agresseurs a déjà été condamné dans cette affaire, à cinq ans de prison dont trois avec sursis et mise à l'épreuve par le tribunal pour enfants de Bobigny en 2017.

Après la mort du couturier, des milliers de personnes avaient manifesté dans les rues de Paris et d'Aubervilliers pour dénoncer le "racisme anti-Asiatiques", des violences récurrentes et réclamer plus de sécurité.

- Délinquance "utilitaire" ? -

Parfois surnommé le "Sentier Chinois", Aubervilliers abrite une importante communauté asiatique autour de la première plateforme européenne d'import-export de textile. Plus de 10.000 personnes originaires de Chine travaillent dans cette commune de 80.000 habitants au nord de Paris, théâtre depuis des années d'une série de vols violents.

Mais, depuis l'affaire, la situation s'est "améliorée", estime auprès de l'AFP Rui Wang, cofondateur de l'association des jeunes Chinois de France. "Des mesures ont été prises", les "agressions ont baissé" en Seine-Saint-Denis. L'affaire a aussi "libéré la parole" des jeunes Français d'origine asiatique. Désormais, ils "n'hésitent plus à s'exprimer dans les médias, à s'engager".

Elle a aussi permis un changement de regard, poursuit Rui Wang: "Dans les quartiers, il y a eu une prise de conscience du fait que le voisin asiatique, c'est un être humain".  

La famille de Chaolin Zhang, elle, reste "traumatisée", a dit à l'AFP Calvin Job, l'un de leurs avocats. Certains ne se rendront pas au procès. "Ils sont déçus du premier jugement et n'attendent pas grand chose de l'audience", a-t-il expliqué.

A l'audience, le degré de responsabilité de chacun des accusés devrait être discuté, mais les débats devraient surtout porter sur la circonstance aggravante de racisme. "L'appartenance des victimes n'est pas le mobile déterminant", assure ainsi Steeve Ruben, avocat du plus âgé. "Ils se seraient attaqués à n'importe quelle personne qui a une sacoche". 

Il y a certes des "préjugés" ajoute Me Marlène Viallet, qui défend le plus jeune, mais "il n'y a pas de haine envers les Asiatiques". C'est avant tout de la délinquance "utilitaire", d'un "petit jeune de banlieue", à "l'esprit immature" et à l'environnement familial compliqué.

Aujourd'hui âgés de 19 et 21 ans, les deux accusés risquent la perpétuité. Le jour des faits, dans la sacoche volée, il n'y avait qu'un chargeur de téléphone et quelques bonbons.

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