Affaire Tariq Ramadan : les zones d'ombre des versions des premières plaignantes

Affaire Tariq Ramadan : les zones d'ombre des versions des premières plaignantes
Henda Ayari, ici en octobre dernier, a récemment modifié sa version des faits. Selon elle, Tariq Ramadan l'aurait bien violée en 2012, mais ni dans l'hôtel et ni à la date dont elle avait d'abord parlé.

leparisien.fr, publié le lundi 04 juin 2018 à 19h40

Depuis la dernière audition de Tariq Ramadan, les enquêteurs ont mené des vérifications sur les récits d'Henda Ayari et Christelle, deux femmes qui font état de viols commis en 2012 et 2009. Elles soulèvent des interrogations.

« En fait, c'est vrai que je me suis rendue compte que j'étais assez perturbée par cette histoire de date. » Réentendue le 24 mai dernier par les juges d'instruction, Henda Ayari change sensiblement sa version des faits. Elle n'accuse désormais plus Tariq Ramadan de l'avoir violée entre fin mars et début avril 2012, au Holliday In de la gare de l'Est (Paris, Xe arrondissement) mais le 26 mai de la même année, au Crowne Plaza République (XIe arrondissement).

Des éléments d'enquête contredisaient sa déposition initiale : la découverte d'un SMS n'ayant pas été envoyé à la période dite des faits, ainsi qu'une description erronée de la chambre d'hôtel.

« J'ai décidé de fouiller dans mes affaires, de faire des recherches dans mes papiers pour comprendre ce problème de dates », poursuit l'ancienne salafiste de 41 ans, lors de cette audition dont nous avons pris connaissance. C'est en exhumant un vieil agenda, qu'elle a remis aux magistrats, qu'elle dit avoir pris conscience de son erreur. Tariq Ramadan « m'avait parlé de l'Holiday Inn, et donc moi dans ma tête, je pensais que c'était [là] que ça s'était passé. Pour être franche, je ne me souvenais absolument pas que c'était au Crowne Plaza. [...] En fait, ce que je me souviens à peu près, ce ne sont pas les détails de la chambre, c'est surtout la devanture », explique Ayari.

«Elle avait dit qu'elle n'était pas sûre de la date»

Concernant les faits, en revanche, la plaignante décrit toujours une relation sexuelle forcée d'une extrême violence, entre insultes et humiliations : « Je ne pensais pas que j'allais me faire violer. Il est devenu agressif, en plus il m'a tapé dessus. »

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Ce changement de version fait en tout cas les affaires de l'islamologue suisse, qui doit être réentendu ce mardi sur cette plainte pour la première fois depuis sa mise en examen. « On change de lieu et de date, bientôt on changera d'auteur. Il n'y a plus de dossier Henda Ayari », s'agace son conseil, Me Emmanuel Marsigny. L'avocat de la plaignante, Francis Spziner, assure quant à lui que ce revirement ne remet pas en cause la nature des violences subies : « Dès le départ, Henda Ayari avait dit qu'elle n'était pas sûre de la date. »

Les dires de la seconde plaignante remis en cause

Tariq Ramadan doit être aussi interrogé sur l'autre plainte pour laquelle il a été mis en examen, celle déposée par Christelle. Cette quadragénaire, handicapée par un problème à la jambe, accuse le prédicateur de l'avoir violée à l'hôtel Hilton de Lyon, le 9 octobre 2009 après-midi. Les investigations ont permis de démonter le premier alibi fourni par le théologien de 55 ans : celui-ci avait affirmé, dans un premier temps, être arrivé de Londres en début de soirée. Or, British Airways ne mentionne aucun vol pris ce soir-là par l'islamologue. Et un témoin confirme l'avoir déposé, en voiture, peu avant midi devant l'établissement.

En revanche, certains détails fournis par Christelle n'ont pu être vérifiés par les enquêteurs. Elle disait avoir entendu au loin un couple se disputer lors de son agression. Les archives de réservations n'ont pas été retrouvées mais les facturations exhumées laissent penser que les chambres voisines étaient inoccupées. De même, la plaignante racontait avoir pris un bus le lendemain, le visage tuméfié, et dans un tel état de choc qu'elle avait pu voyager gratuitement.

Les chauffeurs interrogés n'ont pas le souvenir de l'avoir prise en charge. « Certains d'entre eux travaillaient de nuit à l'époque ou ont quitté l'entreprise. Les faits sont anciens et la description faite par les policiers peuvent correspondre à un grand nombre de femmes », conteste Me Eric Morain, avocat de Christelle.

Est-ce bien Christelle sur la photo ?

Autre interrogation : l'avocat de Tariq Ramadan a produit une photo prise lors de la conférence tenue à Lyon par son client le soir même du viol présumé. Selon lui, une femme ressemblant à Christelle est visible dans l'assistance. Ce qui affaiblirait la thèse selon laquelle, elle n'a pu être séquestrée à l'hôtel après son agression.

Faux, rétorque Me. Morain : « La jeune femme sur la photo est de type maghrébine et ses cheveux sont visibles. Or, ma cliente est moitié normande moitié antillaise, portait le voile à l'époque et son implantation des oreilles est différente ». L'avocat a fourni à la justice une série de six photos de Christelle, prises entre 2008 et 2009, pour des comparaisons techniques.

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