Affaire Narumi: demande d'extradition du suspect chilien à l'automne, possible procès en 2020

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Le Chilien Nicolas Zepeda, le 14 février 2017 à Santiago-du-Chili
Le Chilien Nicolas Zepeda, le 14 février 2017 à Santiago-du-Chili
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© AFP, Pablo VERA

AFP, publié le jeudi 25 avril 2019 à 17h43

Toujours pas de corps mais la perspective d'un procès se rapproche: dans l'affaire de l'étudiante japonaise disparue à Besançon fin 2016, une demande d'extradition du principal suspect, son ancien petit ami chilien, devrait être formalisée à l'automne, malgré le silence obstiné du jeune homme devant les enquêteurs.

Près de deux ans et demi après la disparition, la nuit du 4 au 5 décembre 2016, de Narumi Kurosaki, une étudiante japonaise de 21 ans qui résidait dans la cité universitaire de Besançon, le procureur de la République à Besançon Etienne Manteaux a annoncé jeudi qu'une demande d'extradition de Nicolas Zepeda Contreras allait être présentée à l'automne aux autorités judiciaires chiliennes.

Exploitation de son téléphone portable, de sa carte bancaire, du GPS de sa voiture de location, images de vidéo-surveillance, témoignages: le procureur a énuméré les éléments "factuels, objectifs" qui incriminent le Chilien de 28 ans, dont Narumi s'était séparée quelques mois avant sa disparition.

"Le parquet considère qu'il y a désormais suffisamment d'éléments à charge pour justifier d'un renvoi de M. Nicolas Zepeda devant la cour d'assises pour l'assassinat de Narumi Kurosaki", a insisté M. Manteaux devant la presse.

Quant à savoir si ce procès se tiendra en présence du suspect ou "par défaut", c'est-à-dire en son absence, il est trop tôt pour le dire. La décision d'extrader ou non M. Zepeda relèvera de la Cour suprême chilienne. 

"Il n'y a pas d'accord entre la France et le Chili, pas d'accord d'extradition, pas d'accord sur les modalités d'exécution d'une peine d'un pays à l'autre, mais en l'absence de convention internationale (...) il y a un examen au cas par cas de la situation", a expliqué M. Manteaux.

- Droit au silence -

Mi-avril, Nicolas Zepeda Contreras a été entendu à Santiago par les enquêteurs chiliens, à la demande de magistrats français qui ont également assisté à l'interrogatoire.

Aux 95 questions qui lui ont été posées, il a répondu en faisant valoir son droit au silence. Mais au bout d'1H30 d'interrogatoire, face à ces "questions précises, presque chirurgicales", selon M. Manteaux, le jeune Chilien s'est montré "manifestement ébranlé".

Issu d'une famille très aisée, il avait quitté le palais de justice dans une Porsche noire, entourée d'une nuée de caméras, sans faire de déclaration.

Également entendus par les enquêteurs chiliens, le père, la mère et les soeurs jumelles du suspect ont tous gardé un même silence.

Pour l'avocate de la famille de l'étudiante, Me Sylvie Galley, le silence obstiné du jeune homme a donné au père de Narumi "la sensation d'un cauchemar qui s'aggravait". "Il imaginait a minima qu'il répondrait aux questions, peu importe le sens de ses réponses. Aujourd'hui, il se rend compte qu'il n'y aura ni révélation, ni indication sur l'endroit où pourrait se trouver Narumi", a-t-elle déploré, évoquant "un affront insurmontable fait à leurs souffrances".

Faiblesse centrale de ce dossier, en dépit d'importantes recherches: le corps de Narumi Kurosaki n'a pas été retrouvé. 

L'étudiante avait été vue dans un restaurant avec le suspect à Ornans, à côté de Besançon, quelques heures avant sa disparition. Le soir même, des étudiants de la résidence universitaire avaient entendu "des cris d'angoisse, de peur et un bruit sourd", avait indiqué en novembre M. Manteaux.

Aucune trace de sang n'ayant été retrouvée dans la chambre, une mort par étouffement est envisagée.

Nicolas Zepeda Contreras "serait resté probablement près de 24 heures dans la chambre de l'étudiante et, ensuite, il a quitté la France pour se rendre chez un cousin en Espagne", a expliqué jeudi M. Manteaux.

Le jeune homme s'était ensuite envolé pour le Chili depuis la Suisse. Un mandat d'arrêt international avait été lancé à son encontre, mais n'a jamais été mis en oeuvre par les autorités chiliennes. 

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