Affaire Kulik: le revirement de Romuald J., "frère" de l'accusé

Affaire Kulik: le revirement de Romuald J., "frère" de l'accusé
Le père d'Elodie Kulik, Jacky Kulik, tient un portrait de sa fille tuée en 2002 à l'ouverture du procès le 21 novembre 2019 de l'un de ses meutriers présumés

, publié le mardi 03 décembre 2019 à 15h36

"Frère de lait" de Willy Bardon, accusé du viol et du meurtre d'Elodie Kulik en 2002, Romuald J. a tenu mardi devant la cour d'assises d'Amiens (Somme) des propos diamétralement opposés à ceux de 2013, quand il lui demandait "d'assumer".

Fils du demi-frère de Willy Bardon, Romuald J. a grandi avec celui-ci et le considère comme son "frère". Aujourd'hui sapeur-pompier, il avait un temps fréquenté la "bande" du 4x4, le cercle amical de passionnés de mécanique auquel appartenait Gregory Wiart, confondu par son ADN dans cette affaire mais décédé en 2003, et Willy Bardon, seul sur le banc des accusés. 

A la barre, il répond par la négative quand la présidente, Martine Brancourt, lui demande s'il soupçonne Willy Bardon d'avoir participé aux crimes. "On a pu discuter et, finalement, je pense que non", assure-t-il face aux jurés.

Une position qu'il maintient à chaque nouvelle question et qui "interpelle" la présidente, qui voit-là un "virage à 90 degrés" par rapport aux propos tenus pendant sa garde-à-vue.

-"Ca m'arrache le cœur"-

Pour placer le témoin face à ses contradictions, l'avocate générale, Anne-Laure Sandretto, demande la diffusion de la vidéo de son interrogatoire à la section de recherche d'Amiens, réalisé en janvier 2013.

Elle le montre en pull à capuche noir, mal rasé, l'air fatigué après son interpellation au petit matin, une image qui contraste avec son apparence à la barre, en chemise grise et pantalon marron, fines lunettes, bien coiffé.

Les gendarmes lui font alors écouter l'appel au secours, pour savoir s'il reconnaît une des deux voix masculines perceptibles derrière les cris de la victime. Après trois écoutes, il demande à arrêter la bande. "Je pense, au niveau de la voix, que ce serait Willy Bardon", explique-t-il avant de s'essuyer les yeux avec un mouchoir.

Dans une autre vidéo enregistrée à la fin de sa garde-à-vue et également diffusée à l'audience, il est confronté à son "frangin", à qui il soutient l'avoir "reconnu". "C'est toi, on t'a entendu. S'il y a une bêtise de faite, il faut l'assumer. Je suis formel. Ca m'arrache le cœur mais c'est comme ça", martèle-t-il, ému aux larmes.

"Votre conviction à l'époque était totalement différente", expose au témoin devant la cour l'avocate générale, "comment vous l'expliquez ?".

Romuald J. évoque la "pression" à laquelle l'auraient soumis les gendarmes, et leurs déclarations qui l'auraient incité à livrer le nom de Willy Bardon. "Ils ont dit tellement de mal", soutient Romuald J., "tout était contre lui, j'avais l'impression d'être le seul à le défendre, donc à un moment...".

-"Loyauté des méthodes"-

Didier Seban, l'avocat de Jacky Kulik, le père de la victime, rappelle au témoin qu'il n'est "pas le seul à reconnaître" la voix de l'accusé : quatre personnes l'ont fait avant lui depuis le début du procès. "Vous êtes le seul à changer d'avis", pointe-t-il, soulignant ses liens familiaux avec l'accusé. Une telle affaire, "c'est très dur, ça bouffe une famille", admet Romuald J.

La défense, elle, n'a "pas du tout la même interprétation" des déclarations de Romuald J., et de son revirement. Elle rappelle que, dès 2013, peu de temps après sa garde-à-vue, le témoin était revenu sur ses affirmations lorsqu'un expert lui avait fait entendre le même appel au secours, mais sur une bande "plus propre", nettoyée des bruits parasites.

"La voix que j'avais dit au départ, de Bardon Willy, là, c'est totalement différent", avait alors déclaré Romuald J., selon un enregistrement diffusé à l'audience.

Après ses dénégations, et à l'appui d'écoutes téléphoniques, il avait été placé en garde-à-vue pour "faux témoignage" en octobre 2013. "En 20 ans, c'est la première fois que je vois ça", a souligné Stéphane Daquo, avocat de Willy Bardon. "Tout ça pour dire la loyauté des méthodes qui ont été utilisées dans ce dossier".

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