Affaire Grégory: Murielle Bolle fixée dans un mois sur sa garde à vue de 1984

Affaire Grégory: Murielle Bolle fixée dans un mois sur sa garde à vue de 1984
Murielle Bolle encadrée de policiers le 7 novembre 1984 à Lépanges-sur-Vologne, dans les Vosges

AFP, publié le mardi 22 janvier 2019 à 16h59

C'est l'une des pierres angulaires de l'affaire Grégory: en 1984, Murielle Bolle, quinze ans, accusait en garde à vue son beau-frère d'avoir enlevé l'enfant. Mardi, ses avocats ont demandé à la Cour de cassation d'annuler ces procès-verbaux désormais entachés d'inconstitutionnalité.

La Cour de cassation rendra sa décision le 19 février.

Placée en garde à vue quelques jours après la mort de Grégory Villemin, quatre ans, retrouvé dans une rivière des Vosges le 16 octobre 1984, Murielle Bolle avait accusé son beau-frère, Bernard Laroche, d'avoir kidnappé Grégory en sa présence.

L'adolescente avait ensuite répété ses propos devant le juge d'instruction, avant de se rétracter en dénonçant la pression des gendarmes.

Aujourd'hui encore, cette volte-face reste au cœur de l'enquête. Celle-ci a connu un rebondissement spectaculaire en juin 2017 avec les mises en examen de Mme Bolle et du couple Jacob, grand-oncle et grand-tante de Grégory, pour le rapt mortel de l'enfant - mises en examen ensuite annulées pour des questions de procédure.

L'accusation privilégie désormais la thèse d'un "acte collectif" avec Bernard Laroche. Ce dernier a été abattu par Jean-Marie Villemin, le père de Grégory, en 1985.

Désireuse de gommer définitivement ses déclarations d'adolescente du dossier, Murielle Bolle, qui clame son innocence ainsi que celle de Bernard Laroche, avait obtenu la saisine du Conseil constitutionnel. 

Elle estimait que ses droits fondamentaux de mineure n'avaient pas été respectés, la loi d'alors ne prévoyant pas de garanties telles que la notification du droit de se taire ou la présence d'un avocat.

Les "Sages" lui ont donné raison le 16 novembre. Au vu de la clarté de leur décision, les débats ont été brefs devant la Cour de cassation s'agissant du sort de la garde à vue de 1984, qui devrait in fine être annulée.

La question présente "peu de difficulté", a estimé l'avocat de Murielle Bolle, Emmanuel Piwnica. Dans le détail, il a demandé à la Cour d'annuler partiellement un arrêt de la cour d'appel de Dijon du 16 mai 2018, en ce qu'il refusait d'annuler les procès-verbaux de cette garde à vue.

L'avocat général s'est également prononcé pour une telle annulation.

L'avocate des parents de Grégory Villemin, Claire Waquet, a demandé le rejet des recours de Murielle Bolle, tout en convenant qu'elle n'allait "pas revenir sur ce qu'a dit le Conseil constitutionnel".

"Les Villemin n'ont rien contre Murielle Bolle. Tout ce qu'ils veulent, c'est la vérité", a-t-elle plaidé.

- "L'Histoire lui pèse" -

Une annulation de cette garde à vue de 1984 affaiblirait encore l'une des plus célèbres enquêtes criminelles françaises, déjà minée par d'innombrables errements, sans toutefois y mettre un terme.

Des déclarations de Murielle Bolle adolescente subsisteraient toutefois, veut croire Me Waquet: "Elle avait déjà tout dit (aux gendarmes) en tant que témoin, elle a tout redit chez le juge".

Quoi qu'il en soit, les propos de Murielle Bolle en 1984 apparaissent sans incidence sur sa mise en examen en 2017, qui résultait "d'éléments nouveaux" selon la cour d'appel. Cette mise en examen et celle des Jacob, annulées en mai 2018, pourraient être de nouveau ordonnées une fois tous les recours purgés.

Les débats se sont plus longuement attardés sur une autre requête de Murielle Bolle, qui demande à la Cour de cassation de reconnaître "la partialité avérée" du juge Simon, qui a enquêté entre 1987 et 1990.

Une "partialité" contre les Bolle qui "suinte", selon son avocat, des "carnets" intimes du juge versés au dossier après sa mort. Les Bolle y étaient qualifiés de "voyous".

Murielle Bolle cherche en conséquence à obtenir l'annulation de tous les actes d'enquête du juge Simon, mais aussi d'un arrêt de non-lieu qui, en 1993, avait notamment innocenté la mère de Grégory Villemin.

Murielle Bolle "voudrait qu'on refasse complètement l'Histoire parce que l'Histoire lui pèse", a dénoncé l'avocate des parents Villemin. Selon elle, les carnets du juge relèvent de la "liberté" de penser, et "les tempêtes sous un crâne sont inviolables".

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