Affaire Grégory : le dossier maudit

Affaire Grégory : le dossier maudit
Les mis en cause ont évidemment accueilli la nouvelle avec beaucoup de satisfaction.

leparisien.fr, publié le mercredi 16 mai 2018 à 22h00

L'annulation des mises en examen de Murielle Bolle et des époux Jacob pour un vice de procédure est un raté de plus dans cette affaire qui en compte déjà trop.

Ce n'est pas un coup d'arrêt mais c'est malgré tout un sérieux accident de parcours sur un chemin vers la vérité déjà bien cabossé. Une fois de plus, la justice balbutie dans ce dossier maudit entre tous : le rapt et l'assassinat, le 16 octobre 1984, de Grégory Villemin, retrouvé pieds et poings liés dans les eaux de la Vologne (Vosges). Il y a près d'un an, l'enquête avait pourtant connu une avancée capitale avec la mise en examen pour enlèvement et séquestration suivie de mort de Marcel et Jacqueline Jacob, le grand-oncle et la grand-tante du garçonnet.

Ce rebondissement inattendu avait fait naître le fol espoir de connaître, enfin, l'épilogue de ce crime sordide. Sentiment encore renforcé par la mise en examen de Murielle Bolle, suspectée d'avoir été présente lors de l'enlèvement de l'enfant. Depuis, même si l'enquête n'avait pas permis d'obtenir d'éléments décisifs, la menace d'un renvoi devant la cour d'assises planait. Las. Ce mercredi, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Dijon (Côte-d'Or) a annulé les mises en examen des trois mis en cause. « C'est très contrariant », admet une source proche du dossier.

La décision des magistrats de la cour d'appel, saisis par les avocats de la défense, est purement procédurale. Les conseillers estiment que l'ancienne présidente de la chambre, Claire Barbier, chargée de conduire le supplément d'information, n'avait juridiquement pas le doit de prononcer seule les mises en examen. Cette prérogative devait en réalité en revenir à la chambre de l'instruction dans sa formation collégiale. Les juges en tirent les conséquences.

Ils ont également annulé les « actes subséquents », c'est-à-dire les expertises psychiatriques et psychologiques déjà réalisées mais surtout les auditions des époux Jacob réalisées par Claire Barbier depuis le mois de juin. Même si ni l'un ni l'autre n'avait formulé de quelconques aveux, l'accusation comptait exploiter certaines de leurs déclarations. En revanche, la garde à vue de Murielle Bolle de 1984 au cours de laquelle elle avait mis en cause son beau-frère Bernard Laroche est validée.

«Murielle Bolle est ravie»

L'arrêt est un coup dur pour l'accusation car elle fragilise un dossier déjà friable. Dans un communiqué, Jean-Jacques Bosc, le procureur général de Dijon, préfère voir le verre à moitié plein : « Cette décision d'annulation porte sur des points de procédure et non pas sur des éléments touchant au fond du dossier », se rassure-t-il. Le haut magistrat a cinq jours pour se pourvoir en cassation. Cela paraît improbable car, outre le risque de ne pas obtenir gain de cause, cela rallongerait encore une procédure déjà interminable. L'arrêt ne remet néanmoins pas en cause la poursuite des investigations.

Les mis en cause ont évidemment accueilli la nouvelle avec beaucoup de satisfaction. « Murielle Bolle est ravie », indique son entourage. « Jacqueline et Marcel Jacob étaient en larmes », ont indiqué lors d'une conférence de presse leurs avocats Mes Stéphane Giuranna, Alexandre Bouthier et Frédéric Berna, ajoutant que leurs clients « n'ont plus rien à faire dans ce dossier ».

Juridiquement, la chambre de l'instruction a pourtant la possibilité de prononcer à nouveau leurs mises en examen. Les avocats des parents de Grégory en feront la demande. « Christine et Jean-Marie Villemin sont déterminés à connaître la vérité. Depuis 1984, ils ont appris la vertu de la patience », rappelle Me Marie-Christine Chastant-Morand qui défend, avec Mes Thierry Moser et François Saint-Pierre, les intérêts des parents de Grégory. Le procureur général pourrait également prendre des réquisitions en ce sens. Le feuilleton Grégory est encore loin d'être achevé.

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