Affaire Grégory : le cousin de Murielle Bolle, témoin clé, fragilisé

Affaire Grégory : le cousin de Murielle Bolle, témoin clé, fragilisé
Le petit Grégory a été tué en 1984.
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leparisien.fr, publié le mercredi 16 mai 2018 à 21h53

Dans une analyse criminelle réalisée en février 2018 au moyen de leur logiciel Anacrim, les gendarmes relèvent «des points inconciliables» dans la déposition de Patrick F. avec la réalité. Ce dernier affirme avoir assisté au lynchage familial subi par sa cousine Murielle Bolle pour qu'elle retire ses aveux.

Patrick F. est « un témoin crédible » mais « l'intégralité de ses souvenirs n'ont pu se produire ainsi qu'il le décrit en l'état des données que nous détenons ». Voilà ce qui ressort des conclusions d'une nouvelle analyse opérée par les gendarmes du renseignement criminel de Pontoise. Réalisée à l'aide du « super logiciel » Anacrim en février 2018, cette synthèse explore la pertinence du témoignage du cousin du Murielle Bolle, pierre angulaire de l'instruction.

En juin 2017, ce quinquagénaire gravement malade contacte les enquêteurs à la suite de la relance de l'enquête sur la mort du petit Grégory. Il livre des informations capitales : en novembre 1984, raconte-t-il, il est présent à Laveline-devant-Bruyères (Vosges) lorsque sa cousine est lynchée par sa famille pour avoir désigné Bernard Laroche comme l'auteur du rapt mortel. Il décrit une scène d'une violence insoutenable.

Ce témoignage, certes tardif, est du pain bénit pour l'accusation, qui y voit une confirmation de sa thèse : Murielle Bolle, adolescente, a bien assisté à l'enlèvement de Grégory mais a été forcée de revenir sur ses aveux. C'est notamment en s'appuyant sur son procès-verbal que la juge Barbier a motivé la mise en examen de Murielle Bolle, annulée ce mercredi par la chambre de l'instruction.

Depuis, les gendarmes ont noté dans le récit de Patrick F. des points « inconciliables » avec les événements. Ils ont repositionné chacun des protagonistes, en fonction de leurs versions, dans la période cruciale de la rétractation.

Confusion dans les dates ?

Il y a d'abord un doute sur l'heure d'arrivée de Patrick F. dans les Vosges. Celui-ci la situe aux alentours de 17 heures le 5 novembre 1984. Il précise qu'il aperçoit une nuée de journalistes fondre sur sa cousine. Or, à l'époque, la nuit tombe dès la fin de l'après-midi et les seules interviews de Murielle Bolle ont été réalisées en plein jour. « D'ailleurs, aucun témoin ne parle d'une présence journalistique ce soir-là », écrivent les gendarmes. Sur les rares enregistrements exhumés par les enquêteurs, en outre, Patrick F. n'y apparaît pas.

Le cousin de Murielle Bolle confond-il les dates ? Lors d'un interrogatoire, il l'a reconnu lui-même : « Je peux faire erreur sur les dates mais pas sur l'événement. Pensez-vous que je serais assez fou pour inventer une telle connerie ? » Les gendarmes tentent de sauver sa crédibilité, expliquant que son témoignage s'appuie sur « certains points précis et vérifiés ».

Ainsi, d'anciens voisins ont également rapporté des « hurlements » et « des bruits » émanant de la maison de Bolle. « L'altercation est incontestable. Le degré de violence varie en fonction de la catégorie de témoins », relèvent les enquêteurs. Pour eux, plusieurs hypothèses sont possibles : Patrick F. a « inventé une partie de son témoignage » ou « rassemble plusieurs faits de plusieurs jours en un enchaînement unique ».

Plus troublant, le quinquagénaire répète que sa mère, Marcelle L., l'accompagnait lors de son séjour à Laveline-devant-Bruyères. Interrogée à ce sujet en décembre 2017, cette dernière réfute pourtant net : « Je n'étais pas là. » « Nous vous rappelons que vous témoignez sous serment », lui rappellent les gendarmes. « Mais je m'en fous, qu'est-ce que vous allez me faire ? Me mettre en taule à 79 ans ? » rétorque la vieille dame. Et de lâcher : « Selon moi, il [mon fils] a tendance à mentir. Mais je ne vous dirai rien sur lui car j'ai déjà eu assez eu de problèmes. [...] Je ne veux rien entendre de cette race de chiens. » Pour sa défense, Patrick F. avait prévenu qu'il entretenait des rapports exécrables avec sa génitrice.

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