Affaire des bonbonnes de gaz à Paris : trois suspects en prison et des mystères

Affaire des bonbonnes de gaz à Paris : trois suspects en prison et des mystères

C'est au 31 rue Chanez à Paris, dans le XVIe arrondissement de Paris, qu'avaient été découvertes plusieurs bonbonnes de gaz le 3O septembre 2017. Par chance, le dispositif n'avait pas fonctionné.

leparisien.fr, publié le vendredi 06 avril 2018 à 23h41

Un attentat avait été évité de peu, en septembre, quand plusieurs bonbonnes de gaz avaient été déposées dans le hall d'un immeuble du XVIe arrondissement. Plusieurs questions restent en suspens.

Un carnage évité à l'aube : le 30 septembre 2017, vers 4h20, un immeuble du XVIe arrondissement parisien a failli être « intégralement détruit par la puissance de la déflagration » d'une bombe artisanale, selon le rapport des experts de la police technique et scientifique.

Ce jour-là, Yann, 33 ans, un habitant de la rue Chanez, près de la porte d'Auteuil, est réveillé par des ricanements, une odeur d'essence et le sifflement caractéristique d'une fuite de gaz. Dans l'entrée, il tombe sur deux hommes qui prennent la fuite, à pied puis en voiture. Quatre bonbonnes et des seaux remplis de 33 litres d'essence sont posés à même le sol. Au péril de sa vie, le locataire évacue le tout sur le trottoir.

Alors seulement, Yann repère le dispositif de mise à feu : un téléphone relié à un condensateur. À trois reprises, ce portable a été actionné à distance depuis un autre téléphone utilisé comme télécommande. En vain. La quantité de carburant déversé sur le dispositif électrique serait à l'origine du dysfonctionnement. Aux yeux des enquêteurs de la brigade criminelle, la piste terroriste s'impose.

Balbali : «Je pensais qu'ils allaient brûler une mosquée homosexuelle»Le profil génétique isolé à six reprises sur les sceaux et les jerrycans correspond en effet à un homme radicalisé, Aymen Balbali. Le suspect, originaire de l'Essonne, est interpellé alors qu'il sort de chez ses parents. Les indices s'accumulent contre lui : la carte à puce du téléphone de la rue Chanez est découverte dans son propre portable. Et il vient de se ravitailler en carburant (130 litres !) dans une station-service.

Au juge, Balbali explique qu'il n'a fait que fournir essence et puce téléphonique à un homme qu'il connaît depuis l'époque où ils étaient tous deux chauffeurs de taxi à Paris. « Je préfère faire des dizaines d'années de prison que de donner (son) nom », lâche-t-il. « À la base, je pensais qu'ils allaient brûler une mosquée homosexuelle (sic) », explique Balbali en guise de défense.

« Demain, ça fait piouf ! »À l'époque des faits, ce dernier n'était pas un inconnu pour les services de renseignement. La DGSI craignait qu'il cherche à se procurer des armes. Sur l'un de ses comptes sur les réseaux sociaux, l'islamiste parade avec un pistolet. Raison pour laquelle il était écouté en septembre 2017. Déclassifiées par la DGSI (Renseignement intérieur), ces retranscriptions, traduites de l'arabe au français, sont aujourd'hui versées à la procédure judiciaire. La veille de la tentative d'attentat, on entend ce passage troublant : « Demain, ça fait piouf ! Demain c'est obligé pour nous, demain obligé, obligé, obligé. »

Les services antiterroristes avaient mis les moyens. Ils avaient même tenté d'infiltrer l'environnement du jeune radicalisé, cherchant à retourner un proche. L'enquête a démontré que celui-ci était régulièrement en relation avec la direction du Renseignement intérieur de l'Essonne. Ce recrutement aurait finalement été abandonné.

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Pour l'heure trois hommes sont mis en examen et écroués : Balbali lui-même, son cousin Sami et l'un de ses amis, Amine Abbari. Mais impossible de savoir pourquoi cet immeuble du XVIe a été visé. Aucune personnalité sensible, aucune institution exposée ne semble habiter à cette adresse. L'enquête n'a pas encore dissipé tous les mystères de la rue Chanez.

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