Affaire Christophe Girard: enquête pour "viol" classée en raison de faits "prescrits"

Affaire Christophe Girard: enquête pour "viol" classée en raison de faits "prescrits"
L'ex-adjoint à la culture de la mairie de Paris Christophe Girard, le 5 septembre 2014 à Paris

, publié le mercredi 25 novembre 2020 à 16h54

L'enquête pour "viol" visant l'ex-adjoint à la culture de la mairie de Paris Christophe Girard a été classée sans suite du fait de la prescription, a annoncé le parquet de Paris mercredi, confirmant une information de franceinfo.

"Le parquet de Paris a classé sans suite la procédure diligentée à l'égard de M. Girard du fait de l'acquisition de la prescription de l'action publique", a précisé le parquet.

Le parquet de Paris avait ouvert le 18 août une enquête pour "viol par personne ayant autorité" afin d'examiner les accusations portées contre Christophe Girard par un homme ayant témoigné dans le New York Times.

Le procureur de Paris avait justifié l'ouverture d'une enquête par la nécessité de déterminer l'exactitude des accusations et si "la prescription de l'action publique était acquise" au vu de l'ancienneté des faits.

Une loi, en 2018, contre les violences sexuelles, a allongé de 20 à 30 ans le délai de prescription pour les crimes sexuels commis sur les mineurs, à compter de leur majorité, afin de faciliter la répression de ces actes. Mais cette loi, qui n'a pas instauré d'âge minimal de consentement à un acte sexuel, n'est pas rétroactive.

Dans un article publié le 16 août par le quotidien américain, Aniss Hmaïd, aujourd'hui âgé de 46 ans, a témoigné de sa rencontre avec M. Girard en Tunisie à l'été 1989, quand il avait 15 ans, et d'avoir ensuite été entraîné dans une relation abusive de près de dix ans qui lui a laissé "des blessures psychologiques durables".

Selon M. Hmaïd, M. Girard l'a agressé sexuellement une première fois à 16 ans lors d'un voyage aux États-Unis et l'a contraint à des rapports sexuels une vingtaine de fois au cours des années suivantes.

En échange, M. Hmaïd assure que M. Girard l'employait parfois comme domestique dans sa résidence d'été dans le sud de la France et "lui obtenait des emplois temporaires au sein de la maison Yves Saint Laurent", dont il était l'un des principaux dirigeants aux côtés de Pierre Bergé avant d'entrer en politique.

Christophe Girard, 64 ans, avait dénoncé le soir-même des allégations "graves" et "sans fondement", contestant tout rapport sexuel avec cet homme.

M. Girard avait été entendu début novembre en "audition libre" par les enquêteurs de la brigade des protection des mineurs, chargée de l'enquête.

Le plaignant avait lui été entendu en septembre et avait alors refusé de porter plainte, selon une source proche du dossier.

"Ce classement sans suite est satisfaisant. La décision du parquet est juste", s'est félicitée Me Delphine Meillet, avocate de M. Girard. "Christophe Girard a vécu trois mois d'enquête, trois mois difficiles sur le plan humain, familial, professionnel et politique". "Rien n'est à reprocher à Christophe Girard", a-t-elle ajouté.

Puissante figure de la politique culturelle de la ville de Paris, Christophe Girard avait déjà été poussé fin juillet à la démission de son poste de maire-adjoint en raison de ses liens avec l'écrivain accusé de pédophilie Gabriel Matzneff. 

Contactée, la mairie de Paris n'a pas souhaité commenter la décision de justice.

M. Girard s'était "mis en retrait" de la majorité au Conseil de Paris "le temps de l'enquête préliminaire".

Pour Raphaëlle Rémy-Leleu, conseillère EELV de Paris, cette décision "montre la nécessité de demander l'allongement des délais, voire l'imprescriptibilité" dans les affaires de viols.

"J'ose espérer que ça ne modifiera en rien le fait que Christophe Girard ne soit plus aujourd'hui adjoint à la Culture", a souhaité Alice Coffin, conseillère EELV de Paris, qui avait participé en juillet à une manifestation avec Mme Rémy-Leleu pour réclamer la démission de son poste de M. Girard, ainsi que l'ouverture d'une enquête interne à la Ville de Paris sur ses liens avec M. Matzneff.

"Ses liens avec Matzneff rendaient pour moi impossible sa présence", a ajouté auprès de l'AFP Mme Coffin.

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