Actions violentes de l'ultra-droite : de l'OAS aux «loups solitaires»

Actions violentes de l'ultra-droite : de l'OAS aux «loups solitaires»
Illustration. Le Raid a participé à l'interpellation des dix hommes.

leparisien.fr, publié le lundi 25 juin 2018 à 18h08

Si l'idéologie emprunte encore parfois aux tenants de l'Algérie française, les modes d'action ont bien évolué.

Un vaste coup de filet mené ce week-end en France jette une nouvelle fois la lumière sur les projets d'actions violentes de l'ultra-droite, qui s'est illustrée à plusieurs reprises ces derniers mois, avec des projets aux influences parfois anciennes.

Plus d'un demi-siècle s'est écoulé depuis la création de l'Organisation de l'armée secrète (OAS), qui mena une campagne sanglante au début des années 60 contre l'indépendance de l'Algérie. Pourtant, le nom ou les revendications de certains groupuscules, comme celui démantelé en septembre 2017 à Marseille et en Seine-Saint-Denis ou encore le « commando au marteau » qui a récemment sévi en Bourgogne (mais qui ne comptait qu'un seul membre), y font encore référence.

Les attentats de l'OAS dans l'ancien département français et en métropole se sont poursuivis bien après la signature des accords d'Evian en mars 1962, l'un des plus célèbres étant celui qui visa la DS du général de Gaulle au Petit-Clamart le 22 août de la même année. Des militants d'extrême-droite utilisent ainsi le nom des commandos Delta, bras armés de l'OAS, pour revendiquer une série d'attentats entre 1977 et 1983. Réunissant d'autres nostalgiques de l'Algérie française, le groupe Charles-Martel mène plusieurs attaques à la bombe et assassinats ciblés dans les années 1970 et 1980.

Les motivations racistes prennent ensuite le dessus, avec en 1986, une vague d'attentats des Commandos de France contre l'invasion maghrébine, visant l'association SOS-Racisme. Régulièrement, des groupuscules néo-nazis font leur apparition à partir de la fin des années 1980, comme Tiwaz 2882 qui cible plusieurs représentants de la communauté maghrébine en 2001 et 2005.

Plus solitaires

Les objectifs sont parfois flous, comme quand Maxime Brunerie, le 14 juillet 2002, tire sur Jacques Chirac en plein défilé militaire. Après avoir purgé sept ans de prison, l'ancien membre du Mouvement national républicain (MNR) dira avoir « complètement pété les plombs ». Son arrestation avait conduit à la dissolution d'Unité radicale, mouvement dont Brunerie était proche et qui d'où émergeront le Bloc identitaire, puis Génération identitaire.

Connaissance de Brunerie et également lié à Unité radicale, Jean-Florian Trouchaud est arrêté fin janvier 2003. Ce membre de l'église intégriste Saint-Nicolas-du-Chardonnet avait pour projet de se faire exploser dans une mosquée du XIème arrondissement à l'heure de la prière. L'enquête montrera qu'il avait des penchants suicidaires. Les expertises psychiatriques de l'aspirant kamikaze, qui a testé un explosif en forêt d'Etampes, concluent à une «altération du discernement », si bien que le juge antiterroriste Gilbert Thiel estime que l'affaire relève du droit commun. Il sera condamné à quatre ans de prison dont deux ferme.

Avec la surveillance accrue des produits servant à confectionner des bombes, le profil des « loups solitaires » se développe, à l'image d'Anders Brevik, l'auteur de la tuerie de masse à Oslo et Utoya, en Norvège, en juillet 2011. Les groupes qui veulent passer à l'acte sont plus restreints, leur armement plus limité et ils ne seraient pas si facilement détectés s'ils ne faisaient pas preuve, bien souvent, d'amateurisme.

« Une confrontation entre l'ultra-droite et le monde musulman »

Stéphane François, spécialiste de l'extrême droite au CNRS, observe que se renforce également, depuis le début des années 2000, un intérêt pour les thèses du survivalisme, avec constitution de caches d'armes et réserves de nourriture : « On a affaire à des personnes qui sont en marge des groupuscules, qui veulent sortir d'un train-train un peu ennuyeux et qui se radicalisent. Ce sont plutôt des groupes informels qui considèrent qu'on est dans une phase de guerre ethnique. » Lors de son audition devant la commission d'enquête parlementaire sur les attentats de 2015, avant l'attentat de Nice, Patrick Calvar, patron de la DGSI, avait déjà évoqué « une confrontation entre l'ultra-droite et le monde musulman ».

Logan Alexandre Nisin, 21 ans, est arrêté le 28 juin 2017, dans les Bouches-du-Rhône. Ce fiché S, ancien militant de l'Action française Provence, gère sur les réseaux sociaux une page dédiée à Anders Brevik. On retrouve chez lui deux revolvers et un fusil. Les investigations mettent « en lumière un projet d'action violente aux contours imprécis : évocation d'un lieu de culte, d'un homme politique, d'un migrant, d'un trafiquant de stupéfiants », selon une source judiciaire.

Dans le cadre de l'enquête, huit personnes sont arrêtées puis mises en examen, en octobre dernier, dans les Bouches-du-Rhône et en Seine-Saint-Denis. Certains des gardés à vue affirment qu'ils ont envisagé des actions de racket contre des chefs d'entreprises pour financer l'organisation et l'achat d'armes. Des projets d'attentats contre des hommes politiques, Jean-Luc Mélenchon et Christophe Castaner, sont également évoqués.

Un autre militant d'extrême-droite a été arrêté en juin 2017 pour des visées semblables. L'habitant d'Argenteuil de 23 ans prévoyait de tuer Emmanuel Macron lors du défilé du 14 juillet et voulait s'en prendre aussi à des minorités.

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