Abus sexuels sur mineures : à Telford, «la police savait et n'a rien fait»

Abus sexuels sur mineures : à Telford, «la police savait et n'a rien fait»

L'avocat David Greenwood défend deux jeunes filles qui se plaignent d'avoir été victimes d'abus sexuels à Telford.

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leparisien.fr, publié le dimanche 15 avril 2018 à 15h04

David Greenwood, avocat spécialiste des questions d'abus sexuels sur mineurs, défend deux adolescentes de Telford. La ville anglaise est secouée par un scandale qui s'est étiré sur plusieurs décennies.

Dans la ville de Telford, en Angleterre, un millier de jeunes filles auraient été agressées, violées et exploitées, pendant quarante ans. Un scandale d'abus sexuels sur mineures que le « Sunday Mirror » considère comme le « pire jamais dévoilé ».

Êtes-vous surpris par les révélations du « Sunday Mirror » montrant qu'à Telford, de très jeunes filles ont été sexuellement exploitées par des gangs ?

Non. Ce phénomène, dont on peut dater l'apparition au début des années 1990, est très largement répandu dans les villes, grandes et petites, de notre pays. On l'a constaté notamment à Oxford, Rochdale, Rotherham... Les scandales se répètent mais c'est un problème plus global, auquel la police a encore du mal à répondre correctement.

A Telford, ses responsables affirment pourtant qu'aucun cas récent n'a été répertorié et que les pratiques ont changé...

Je représente pourtant deux très jeunes filles de Telford qui se sont tournées vers moi il y a quelques mois, après avoir été victimes d'abus perpétrés par des gangs pratiquant le « grooming », mode opératoire commun à toutes ces affaires. Ces deux amies ont été ciblées parce qu'elles vivaient en foyer, par des hommes qui habitaient juste en face... Sans dévoiler les détails de cette affaire, nous pouvons affirmer que la police savait ce qu'il se passait, et qu'elle n'a pas agi.

Comptez-vous, comme à Rotherham, poursuivre la police et les services sociaux pour leur inaction ?

Tout à fait. Ces deux institutions sont censées garantir le bien-être de ces enfants et les protéger. Or elles ont fermé les yeux pendant des années : à Rotherham, sur les 75 jeunes filles que nous représentons, huit ont d'ores et déjà obtenu réparation pour 100 000 livres en moyenne (NDLR : environ 115 000 €). La police et la mairie (NDLR : dont dépendent les services sociaux) ont préféré passer des accords financiers plutôt que de risquer de perdre au tribunal.

Comment expliquer une telle inertie ?

Nous n'avons pas encore toutes les réponses à cette question... Il faut rappeler que la pédophilie, en général, n'est pas le fait d'une communauté en particulier, de même que les victimes, y compris des garçons, peuvent être d'origines ethniques diverses. Quand ils se déroulent dans la sphère familiale, ces faits sont plutôt bien traités par la police. Mais c'est sur ce phénomène que j'appelle « l'exploitation de rue », des jeunes filles visées par des gangs, qu'il y a encore un problème de traitement.

On évoque souvent des préoccupations électoralistes, les autorités locales craignant d'être accusées de racisme...

A Rotherham, il faudra sans doute attendre les conclusions de l'enquête de la National Crime Agency (NDLR : Agence nationale du crime, l'équivalent du FBI américain), dans trois ou quatre ans, pour étayer les soupçons de corruption dans la police. En tout cas, lors d'un procès, des accusés ont clairement évoqué des pots-de-vin versés à un agent. Mais pour moi, le vrai problème est surtout culturel : la police s'est toujours plus intéressée à ce qu'elle considérait comme de « vrais » problèmes - la violence, les cambriolages - sans considérer ces enfants, souvent des fugueuses, comme des victimes. Les services sociaux semblent avoir évolué sur le sujet. Mais on ne pourra endiguer ce phénomène qu'à condition que la police accepte de mener ces enquêtes, par essence, ardues. C'est un travail de très longue haleine.

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