A Paris, l'Infirmerie psychiatrique de la préfecture de police, unique en France

A Paris, l'Infirmerie psychiatrique de la préfecture de police, unique en France
L'entrée de l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police, le 31 mai 2018

AFP, publié le mercredi 06 février 2019 à 19h35

L'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police (I3P) où a été conduite la quadragénaire soupçonnée d'avoir provoqué l'incendie qui a fait dix morts à Paris, est une structure unique en France.

Chaque jour, six personnes souffrant de troubles psychiatriques et jugées dangereuses passent entre les murs de l'I3P, qui fonctionne depuis 1872.

"L'I3P" se trouve au deuxième étage d'un bâtiment gris portant juste l'inscription "préfecture de police", dans le 14e arrondissement de Paris. Le seul indice pourrait être son voisinage avec l'hôpital psychiatrique Saint-Anne.

Dans le reste de la France, lorsqu'une personne combine un "danger imminent pour la sûreté des personnes" et "des troubles mentaux manifestes", ce sont les maires qui prennent les arrêtés et la personne est adressée à un hôpital public.

A Paris intramuros et dans ses trois aéroports, elle est conduite au titre de "mesure provisoire" à l'I3P. On y arrive généralement menotté et encadré de policiers à la suite d'un procès-verbal d'un commissaire de police et un avis médical de l'hôpital Hôtel-Dieu.

Une fois passés le sas et l'ascenseur sécurisés, la personne en crise est démenottée et prise en charge par l'équipe médicale. "Il n'y a pas de police à l'intérieur de l'infirmerie", souligne le docteur Eric Mairesse, médecin chef psychiatre.

On explique à "l'arrivant" où il se trouve et pourquoi. Il peut s'agir d'un étudiant étranger en bouffée délirante, d'un gardé à vue pour un homicide et jugé incohérent ou encore d'un passant retrouvé courant dans la circulation en pleine paranoïa.

Les équipes ont aussi à gérer des étrangers retenus en centre de rétention administrative ou encore des personnes sous substance illicite, les exemples sont multiples.

"Un tiers des personnes conduites chez nous sont des SDF", selon Eric Mairesse. "C'est un moment particulier où on passe du moment police-sécurité au soin", explique le médecin. La personne peut rester au maximum 48h mais "ce n'est pas une garde à vue", insiste-t-il.

- Une "tutelle" source d'interrogations -

En 2018 1.955 personnes sont passées là, pour une durée moyenne de moins de 20 heures.

L'I3P s'organise le long d'un couloir pour "qu'on puisse toujours voir ce qu'il se passe", souligne Guénaëlle Jégu, cadre supérieure de santé.

D'un côté les bureaux, la salle de réunion où familles et avocats peuvent s'entretenir avec la personne, et de l'autre les 16 lits répartis en 10 chambres, la pharmacie, une cuisine et la salle douche et toilettes.

Les chambres, verrouillées de l'extérieur, comptent un, deux ou trois lits, fixés au sol. Les dix chambres climatisées ont été rénovées en 2018. Les vieux graffitis qui témoignaient des passages agités ont été effacés.

Ce service d'urgence ouvert 7 jours sur 7 et 24h sur 24, compte six médecins, 26 infirmiers, 25 surveillants, deux contrôleurs, un cadre supérieur de santé, un cadre de santé, un régisseur, quatre adjoints de sécurité. Auxquels s'ajoutent quatre internes car l'I3P est aussi un lieu d'enseignement.

A l'issue du séjour à l'I3P et des observations du personnel médical, un médecin certificateur juge de la nécessité ou non d'une prise en charge psychiatrique de la personne.

En 2018, 40,3% des personnes accueillies n'ont pas été hospitalisées et un peu moins des trois quarts d'entre elles ont été reprises par la police. Pour les 59,7% restant ayant été prises en soins psychiatriques, elles l'ont été à la demande du préfet pour 67,56%, en péril imminent pour 24,24%, sur demande d'un tiers pour 5,9% ou en soin psychiatriques libres (2,30%).

La "tutelle" de la préfecture de police sur l'I3P a déjà été source d'interrogations. D'aucuns, comme le contrôleur général des lieux de privation de liberté en 2011, ont été jusqu'à demander sa fermeture.

"Personne, jamais, ne m'a dit quoi faire ou quoi écrire", insiste le docteur Mairesse. "Je serais payé par le parquet, la question ne serait pas posée", souligne-t-il. 

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