Trump déclare la guerre à la Californie sur la pollution automobile

Trump déclare la guerre à la Californie sur la pollution automobile
Le président américain Donald Trump à l'aéroport de Los Angeles en Californie, le 18 septembre 2019
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AFP, publié le mercredi 18 septembre 2019 à 19h55

Le président américain Donald Trump a officiellement déclaré la guerre mercredi à la Californie sur les émissions de gaz à effet de serre par les véhicules, annonçant qu'il enlevait le droit à cet Etat de fixer ses propres normes en la matière.

"L'administration Trump révoque l'exemption fédérale de la Californie sur les émissions, afin de produire des voitures bien moins chères pour les consommateurs, tout en améliorant sensiblement la sûreté des véhicules", a tweeté le président républicain.

Pour rajouter à l'affront, le président républicain a choisi de faire cette annonce au beau milieu d'une visite dans cet Etat dirigé par ses adversaires démocrates, qui se veut à la pointe du combat contre le changement climatique et qui a quasi systématiquement contesté en justice les mesures prises par Donald Trump, un climato-sceptique qui a retiré dès 2017 les Etats-Unis de l'accord de Paris, dans ce domaine.

Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, avait anticipé l'annonce fédérale, qualifiée de "vendetta politique", s'engageant à défendre bec et ongles la dérogation dont son Etat bénéficie sur les émissions automobiles, accordée en vertu d'une loi sur la qualité de l'air.

"Nous ne pouvons pas nous permettre de revenir en arrière dans notre combat contre le changement climatique", a réagi le procureur général de Californie, Xavier Becerra. Photo datée de 1958 à l'appui, il a ajouté sur Twitter que "la Californie a commencé à réglementer son air car la pollution était si importante que certaines personnes portaient des masques à gaz à l'extérieur".

La décision de Donald Trump, qui revient à aligner les normes californiennes sur celles en vigueur au niveau fédéral, devrait donc elle aussi finir par aboutir devant la Cour suprême.

La date choisie par le magnat de l'immobilier est elle-même symbolique, sinon provocatrice: l'ONU organise à partir de samedi un grand sommet climatique à New York, et vendredi auront lieu dans des centaines de villes du monde des "grèves pour le climat", organisées par des jeunes.

Greta Thunberg, la jeune pasionaria de la lutte pour le climat qui doit participer à ces événements, a appelé mercredi le Congrès américain à s'unir derrière les scientifiques appelant à se mobiliser contre le réchauffement.

Et le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a de son côté exprimé son "vif soutien à une approche décentralisée pour ces mesures" de lutte contre les émissions de CO2.

- L'air et l'économie -

Au moment du tweet présidentiel, l'Agence de protection de l'Environnement américaine (EPA) n'avait pas encore formellement publié de texte détaillant la révocation.

Mais le gouverneur Newsom a battu en brèche les arguments de M. Trump selon lesquels la mesure allait non seulement bénéficier aux consommateurs, mais aussi aux constructeurs et à l'économie américaine en générale.

"Vos normes vont coûter aux consommateurs 400 millions de dollars. Aboutir à la combustion et au rejet dans l'air de 1,2 milliard de litres de pétrole supplémentaires. Et nuire à la capacité des entreprises automobiles à être compétitive sur les marchés mondiaux. C'est mauvais pour notre air. Mauvais pour notre santé. Mauvais pour notre économie", a critiqué le responsable démocrate.

A la demande du gouvernement, l'EPA a engagé l'annulation des normes plus strictes qui avaient été adoptées sous la présidence de Barack Obama pour les modèles de voitures allant jusqu'à 2025.

Mais la Californie avait décidé de maintenir le cap et négocié cet été un accord de principe avec les constructeurs Ford, Honda, Volkswagen et BMW pour adopter des normes uniques, une entente immédiatement attaquée par l'administration Trump qui a déclenché une enquête.

"Nous soutenons le fédéralisme et le rôle des Etats, mais le fédéralisme ne veut pas dire qu'un Etat peut imposer des normes à tout le pays", a déclaré l'administrateur de l'EPA, Andrew Wheeler, mardi lors d'un discours devant la fédération des concessionnaires automobiles.

La dérogation accordée à la Californie risquait de créer deux normes pour le marché américain: l'une pour la Californie et les 13 autres Etats qui la suivent, et une autre pour le reste des Etats-Unis.

Depuis l'élection de Donald Trump en 2016, le gouvernement américain a modifié plus de 80 textes ayant trait à la santé humaine ou l'environnement en invoquant l'économie, les intérêts des entreprises ou le pouvoir d'achat des citoyens.

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