Rétropédalage à Bruxelles: les cyclistes pourront finalement rouler sans masque

Rétropédalage à Bruxelles: les cyclistes pourront finalement rouler sans masque
Des cyclistes à Bruxelles le 16 mai 2020.

, publié le vendredi 14 août 2020 à 21h39

La mesure était rarissime en Europe et controversée au pays d'Eddy Merckx: les autorités bruxelloises ont finalement renoncé vendredi à imposer le port du masque aux cyclistes dans la capitale belge pour lutter contre le coronavirus.

C'était un des aspects les plus controversés du nouveau durcissement des mesures anti-Covid annoncé mercredi.

Le gouvernement de la région Bruxelles-Capitale avait décidé de ne faire aucune différence entre usagers de la voie publique en rendant obligatoire sur tout son territoire le port du masque, sur fond de résurgence de la pandémie dans un pays où elle a fait près de 10.000 morts.

"Les déplacements à vélo ne sont pas considérés comme de la pratique sportive", avait indiqué le chef de l'exécutif régional Rudi Vervoort, refusant aux cyclistes une exception valable par exemple pour les joggeurs.

Il a finalement fait marche arrière vendredi soir, en assurant dans un communiqué avoir entendu "les nombreuses doléances" exprimées du côté des adeptes de la petite reine à Bruxelles.

Même si chacun doit en avoir un à portée de main, "le port du masque n'est pas obligatoire pour les cyclistes et les usagers de trottinettes lorsque ceux-ci circulent sur la voie publique et que les distances sociales peuvent être respectées", a-t-il annoncé.

En clair, le masque devra être remis dans toutes les situations où les distances ne peuvent pas être maintenues avec les piétons, sur une voie piétonne ou à l'arrêt au feu rouge dans une zone fréquentée.

- Madrid, cas unique en Europe -

La décision de ne pas reconnaître le vélo comme une activité physique ouvrant droit à exception était rarissime en Europe.

D'après des données recueillies par les bureaux européens de l'AFP, seule l'Espagne, un des pays au monde les plus endeuillés par la pandémie et qui a renoué avec une série de restrictions, a une telle attitude avec les cyclistes dits "du quotidien".

Au même titre que les piétons, ils ne sont autorisés à se déplacer en ville, à Madrid ou ailleurs, qu'équipés d'un masque couvrant le nez et la bouche et risquent une amende en cas d'infraction.

Rien de tel à Berlin, Londres et Paris, où les autorités françaises ont exempté cette semaine cyclistes et usagers de trottinettes du masque imposé dans les rues les plus fréquentées.

Quant à Copenhague, capitale auto-proclamée de la bicyclette, la question n'y a même pas été soulevée. Le Danemark est relativement épargné par le nouveau coronavirus. Souvent obligatoire ailleurs dans les bus et métros, le port du masque est simplement recommandé dans les transports en commun aux heures de pointe.

A Bruxelles, nombre d'adeptes du vélo ont été surpris en se voyant imposer une généralisation du masque décidée dès le franchissement du seuil d'alerte de 50 nouvelles contaminations pour 100.000 habitants sur une semaine.

- "Pire décision" -

L'association d'usagers Gracq-Fietsersbond avait pointé du doigt le risque d'un "découragement" des cyclistes, à l'heure où ce mode de déplacement est pourtant encouragé pour délaisser la voiture sur les courts trajets.

"Imposer le masque à vélo tout le temps, partout et sans distinction est contre-productif", a lancé sa responsable Florine Cuignet.

Comme pour le jogging, le vélo peut aussi "impliquer une activité physique importante", "certains parcourent plus de 20 km pour aller au travail", selon elle.

D'autres cyclistes bruxellois ont aussi fait valoir qu'ils transpiraient sur leur deux roues dans une capitale au relief exigeant, bien loin du cliché du plat pays.

Le masque, "ça empêche de respirer, surtout dans les côtes", a déploré l'un d'eux sur la chaîne locale BX1. Un autre a fustigé "la pire décision prise depuis le Covid".

Croisée vendredi sur son vélo dans le quartier européen, Océane Chrétien comptait parmi les résignés et portait un masque.

Mais pour un petit trajet interurbain, a expliqué à l'AFP cette Bruxelloise de 26 ans, "je l'enlèverai lundi pour les 13 km jusqu'à mon travail".

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