Moustiques, serpents, chats... Les espèces invasives coûtent 26,8 milliards d'euros par an

Moustiques, serpents, chats... Les espèces invasives coûtent 26,8 milliards d'euros par an
Le moustique tigre venu d'Asie du Sud-est est l'une des pires espèces invasives au monde. (Illustration)

, publié le samedi 03 avril 2021 à 07h00

Selon étude menée par deux chercheurs français et publiée cette semaine dans la revue scientifique Nature, les dégâts que provoquent les espèces invasives coûtent dix à cent fois plus que ce qui est dépensé pour lutter contre leur prolifération. 

Moustiques vecteurs de maladies, rongeurs ravageurs de cultures, insectes dévoreurs de forêts, et même le chat domestique... Une étude publiée mercredi 31 mars par deux chercheurs français dans la revue Nature dresse un bilan "alarmant", quoi que probablement "sous-estimé" des ce que coûtent les invasions d'espèces "exotiques" à l'Humanité.

Emportées volontairement ou non par l'Homme hors de leur écosystème d'origine, ces espèces qui deviennent nuisibles pour leur nouvel habitat ont coûté au moins 1.288 milliards de dollars depuis 1970, soit une moyenne de 26,8 milliards de dollars par an.




Plantes, insectes, oiseaux, poissons, mollusques, micro-organismes, mammifères... Une partie des coûts est liée à la lutte contre leur prolifération, mais les dégâts qu'ils provoquent, sur terre ou dans l'eau, pèsent dix à cent fois plus lourd, selon l'étude qui s'appuie sur l'analyse de milliers de données rassemblées dans la base InvaCost.

Ces dégradations touchent tous les écosystèmes, comme les forêts américaines attaquées par le longicorne asiatique. Mais aussi les pêcheries, ou l'agriculture, par exemple en Australie victime du lapin. Sans oublier les infrastructures menacées par les termites, les canalisations bouchées par la moule zébrée dans les grands lacs américains, ou encore la valeur immobilière de terrains à Hawaï dépréciés par la grenouille coqui dont le chant à deux notes peut atteindre 100 décibels.

Selon les données d'InvaCost, incomplètes, parmi les espèces les plus couteuses se trouvent les rats, le bombyx disparate asiatique qui attaque les arbres dans tout l'hémisphère Nord, la fourmi de feu au venin mortel et surtout les moustiques avec la prise en charge des maladies qu'ils transmettent. Ainsi, le moustique tigre venu d'Asie du Sud-est est l'une des pires espèces invasives au monde, arrivé notamment en Europe avec le chikungunya, la dengue et zika.

Des coûts en croissance constante et le pire est à venir

Outre l'"ampleur phénoménale" des coûts, "ce qui est assez inquiétant, c'est qu'ils sont en croissance constante depuis 1970, avec un coût annuel moyen qui double tous les six ans et qui triple toutes les décennies", explique à la presse l'auteur principal Christophe Diagne, du laboratoire Ecologie, Systématique et Evolution (CNRS, université Paris-Saclay). Une hausse en partie liée à l'augmentation des recherches sur ce sujet. Mais pas seulement : "des études montrent une augmentation exponentielle des espèces introduites", insiste Franck Courchamp, directeur du même laboratoire.

Le rapport des experts de l'ONU sur la biodiversité (IPBES) de 2019 classe les espèces exotiques envahissantes parmi les cinq principaux coupables de la destruction de la nature, derrière l'utilisation des terres, l'exploitation directe des ressources, le changement climatique et la pollution. Il souligne notamment une hausse de 70% depuis 1970 du nombre de ces espèces dans 21 pays examinés. Et le pire est peut-être à venir, s'inquiète Franck Courchamp, qui participe au futur rapport de l'IPBES sur ces espèces invasives.

"Le commerce international va faire que de plus en plus d'espèces vont être introduites, le changement climatique va faire que de plus en plus de ces espèces introduites vont s'établir. Alors les coûts risquent d'augmenter au moins aussi vite, voire plus dans le futur", met-il en garde.

Quelles sont les espèces invasives les plus coûteuses ?

Alors les chercheurs espèrent que cette monétisation de l'impact de ces espèces permettra de mieux faire connaître ce problème au grand public et aux décideurs, pointant du doigt l'opportunité de limiter les dégâts et les coûts par des mesures de prévention moins couteuses, comme une détection précoce.

En attendant, ils appellent à combler le manque de données, notamment sur des invasions plus récentes, comme la chenille légionnaire d'automne venue du continent américain, qui a ravagé les cultures en Afrique avant de s'envoler vers l'Asie puis l'Australie. "Il est probable que cette espèce soit plus coûteuse au final que les dix qu'on a listées", estime Franck Courchamp.

Dans le top 10 de l'étude figurent aussi des espèces plus surprenantes, comme le serpent brun arboricole introduit par accident à Guam et qui a non seulement décimé oiseaux et lézards de l'île, mais aussi court-circuité des installations électriques, raconte le scientifique.

Et bien sûr le chat. Si l'animal domestique "qui a suivi les marins quand ils exploraient la planète" est un cas "un peu particulier", il est malgré tout "envahissant dans presque toutes les îles du monde", note le chercheur, décrivant un prédateur redoutable pour les oiseaux ou reptiles pas préparés.

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