Le pape veut stopper les "prédateurs" qui "défigurent" l'Amazonie

Le pape veut stopper les "prédateurs" qui "défigurent" l'Amazonie
Le Pape François célèbre la messe de clôture du synode sur l'Amazonie, le 27 octobre 2019 au Vatican

, publié le dimanche 27 octobre 2019 à 12h35

Le pape François a appelé les chrétiens à stopper l'action des "prédateurs" qui "défigurent" l'Amazonie, estimant qu'il faut cesser d'"infliger des blessures à nos frères et à notre soeur terre", lors d'une messe marquant la fin d'un synode consacré à la région.

"Les erreurs du passé n'ont pas suffi pour qu'on arrête de détruire les autres", a déclaré dimanche le pontife, dans son homélie prononcée devant les 184 évêques et cardinaux d'Amazonie et des dizaines de missionnaires et représentants de peuples indigènes.

"Nous l'avons vu dans le visage défiguré de l'Amazonie", a-t-il condamné, au terme d'un synode (assemblée des évêques) de trois semaines qui a publié samedi un document dénonçant comme "un péché écologique" l'exploitation des bois précieux, l'extraction minière et l'agriculture intensive (soja, élevage bovin) qui détruisent la forêt amazonienne.

Se montrant soucieux, comme pendant le synode, de mettre en valeur les coutumes indigènes, François a dénoncé tout ceux qui considèrent les autres comme "des déchets", qui "méprisent leurs traditions, effacent leurs histoires, occupent leurs territoires, usurpent leurs biens". 

Ces "prétendues supériorités se transforment en oppressions et exploitations", a-t-il estimé, critiquant ces "chrétiens (qui) vont à la messe le dimanche" mais ne pensent qu'à leurs intérêts, et appelant à "ne pas nous considérer supérieurs, ne pas devenir cyniques et moqueurs". 

Rappelant l'humilité des indigènes d'Amazonie, il a souligné qu'aux yeux de Dieu, "les pauvres sont +les portiers du ciel+, ce sont eux qui nous ouvriront toutes grandes, ou non, les portes de la vie éternelle, eux qui se ne sont pas vus comme des patrons en cette vie".

Pour le pape, le synode a permis d'écouter "les voix des pauvres et de réfléchir sur la précarité de leurs vies, menacées par des modèles de développement prédateurs". "Beaucoup nous ont témoigné qu'il est possible de regarder la réalité différemment, en l'accueillant à mains ouvertes comme un don, en considérant la création, non pas comme un moyen à exploiter, mais comme une maison à protéger", a dit le pape.

- "Le cri des pauvres" -

Au moment de l'Angélus, le pape a souligné que l'Evangile évoque "le pauvre qui +traverse les nuages+ parce que +Dieu écoute la prière de l'opprimé+". "Le cri des pauvres et celui de leur terre nous est parvenu d'Amazonie. Après trois semaines, nous ne pouvons pas faire semblant de ne pas l'avoir entendu", a dit le cardinal argentin, Jorge Bergoglio, premier latino-américain à être pape.

Il a rappelé que "la voix des pauvres" s'est faite entendre pendant le synode et à l'extérieur, exprimée par les missionnaires, les jeunes, les scientifiques qui étudient l'Amazonie. "Ils nous poussent, nous ne pouvons pas être indifférents. La phrase +plus tard, il sera trop tard+ ne peut pas rester uniquement un slogan". 

Dans le document final du synode, les évêques demandent au pape la création d'observatoires locaux pour stopper la destruction de l'Amazonie ainsi que l'établissement d'un fonds mondial pour protéger les autochtones et favoriser le développement durable.

Les "pères synodaux" y font aussi des propositions audacieuses pour renforcer la présence catholique dans une région en manque criant de prêtres et où elle est concurrencée par les Eglises évangéliques protestantes.

En particulier, ils demandent à titre exceptionnel pour l'Amazonie de pouvoir ordonner prêtres des hommes mariés et de donner l'accès du diaconat (possibilité de célébrer des sacrements, sauf l'eucharistie et la confession, réservées aux prêtres) aux femmes, dont le rôle est essentiel dans les tribus amazoniennes. 

Le pape ne s'est pas prononcé immédiatement sur ces idées qui seraient un casus belli pour les milieux catholiques traditionnalistes.

Mais il a invité dès samedi à faire "preuve de créativité" et, pendant l'Angélus, il a appelé à "prendre le large, non pas dans les eaux marécageuses des idéologies, mais dans la mer ouverte (pour y) jeter nos filets. Prendre le large, c'est se remettre en jeu dans la nouveauté, sortir des schémas tout faits".

Le pape a promis de répondre aux demandes du synode, dans une exhortation apostolique, "d'ici la fin de l'année".

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