La nature berlinoise, refuge des rossignols fuyant l'urbanisation

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Une vue du parc de Tiergarten, dans le centre de Berlin, le 28 avril 2017
Une vue du parc de Tiergarten, dans le centre de Berlin, le 28 avril 2017
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© AFP, Odd ANDERSEN

AFP, publié le vendredi 24 mai 2019 à 13h42

L'arrière-arrière-petite-fille du naturaliste Charles Darwin ne trouvait pas le sommeil un soir à Berlin quand, à sa "grande surprise", elle entendit les gazouillis d'un rossignol à sa fenêtre. Car dans la patrie britannique de Sarah Darwin, la population de cet oiseau brun à l'allure ordinaire mais au chant si particulier est en chute libre. A Berlin, elle croît.

"C'est très très rare au Royaume-Uni. Vivre au milieu d'une capitale en Europe et entendre le chant d'un rossignol à la fenêtre de sa chambre, c'est une expérience assez extraordinaire", explique Sarah Darwin, botaniste au musée d'Histoire naturelle de la capitale allemande.

Bercée par cette mélodie et curieuse de nature comme son illustre ancêtre, elle se lance avec ce musée dans un projet pour tenter d'expliquer les raisons de la présence à Berlin de très nombreux rossignols.

L'initiative demande aux amateurs intéressés d'enregistrer les chants qu'ils repèrent avec leur smartphone puis de les transférer sur une application.

"Ce qui est vraiment excitant à Berlin, contrairement à l'Angleterre où la population de rossignols a chuté de 90% au cours des 60 dernières années, c'est qu'il y a en fait une tendance positive", souligne Silke Voigt-Heucke, qui coordonne le projet. 

A Berlin, les scientifiques estiment que leur population a augmenté de 6% par an ces 15 dernières années, pour se situer actuellement dans une fourchette de 1.200 à 1.700 couples de cet oiseau migrateur qui passe ses hivers au sud du Sahara.

- Beauté sauvage -

Si l'urbanisation a contraint les animaux à quitter la plupart des grandes villes européennes, les espaces verts, bois et forêts de Berlin s'étendent encore sur des centaines et des centaines d'hectares.

Ce qui attire avant tout les rossignols, c'est le côté encore sauvage et brut de ces zones.

"Nous maintenons nos parcs et jardins à Berlin dans un état un peu plus désordonné (que d'autres grandes villes d'Europe), et les rossignols ont besoin de ça", explique Mme Darwin, "ils établissent leur nid au sol, ils ont besoin d'une végétation épaisse pour les protéger des renards, des chats, des oiseaux ou des chiens".

"Si vous nettoyez vos jardins et que vous n'avez rien d'autre que de l'herbe et des arbres occasionnels, les rossignols n'ont nulle part où se reproduire. Berlin est donc très spéciale de cette manière - un peu mal tenue - et nous devons préserver ça", poursuit-elle.

Le parc Tiergarten, en plein centre de la capitale, est l'exemple parfait: à quelques pas du Reichstag et de la porte de Brandebourg, ses 210 hectares abritent de sept à dix nids de rossignols.

Un matin de printemps, alors qu'un renard passe à quelques mètres du groupe d'ornithologues amateurs conduit par Mme Voigt-Heucke, elle siffle longuement quatre fois la même note pour susciter une réponse des rossignols.

Immédiatement, elle la reçoit: un mélange agité de trilles, de sifflements et de ce qui ressemble à des pulsations rythmées.

"Durant la journée, ce chant est destiné à des concurrents potentiels, leur disant +dégage+", raconte la scientifique à propos de cette riposte bruyante des rossignols.

La nuit, il sert à attirer les femelles pour qu'elles nichent avec eux, certains oiseaux pouvant chanter des heures durant.

- Dialectes de rossignols -

Au-delà du recensement des rossignols, le projet de Sarah Darwin et Silke Voigt-Heucke a établi que le répertoire musical de l'oiseau est bien plus large qu'imaginé auparavant.

Si l'on estimait jusqu'à présent à 2.300 les "strophes" des rossignols, il pourrait selon les chercheuses y en avoir jusqu'à 8.000.

Et elles veulent désormais établir s'il existe en fait des dialectes régionaux.

"Ce qu'on peut déjà montrer, c'est que certains de ces types de strophes sont plus fréquents à Berlin et dans le Brandebourg", l'Etat régional entourant la capitale allemande, explique Mme Voigt-Heucke.

"Nous espérons pouvoir montrer que d'autres types de strophes sont observés en Bavière ou dans la région de la Ruhr", ajoute-t-elle.

Le projet est actuellement dans sa seconde et dernière année mais Mme Darwin espère pouvoir prolonger les travaux.

Elle y voit un succès qui a permis d'"impliquer les gens avec la nature". Pendant 18 mois, "nous avons rassemblé cette communauté extraordinaire de gens qui célèbrent l'arrivée (au printemps) du rossignol", relève-t-elle.

"Et nous changeons littéralement la vie des gens. Un homme m'a dit: +Avant, quand j'allais au travail, je mettais mes écouteurs et j'écoutais ma musique. Maintenant, je les enlève et j'écoute les oiseaux", se réjouit Sarah Darwin.

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