La France en pleine "guerre du loup"

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 Les loups qui fascinent les amoureux de la nature depuis leur réapparition en France sont devenus la hantise des éleveurs de brebis, qui somment le gouvernement d'agir

Les loups qui fascinent les amoureux de la nature depuis leur réapparition en France sont devenus la hantise des éleveurs de brebis, qui somment le gouvernement d'agir

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AFP, publié le dimanche 10 décembre 2017 à 12h42

Furtifs et rusés, ils ne se laissent entrevoir que par les caméras piège, les yeux luisants dans la nuit. Ces loups qui fascinent les amoureux de la nature depuis leur réapparition en France sont devenus la hantise des éleveurs de brebis, qui somment le gouvernement d'agir.

"En une nuit, on a perdu 10% de notre troupeau", confie à l'AFP Claire Lapie, éleveuse de 32 ans, à Séderon, dans la Drôme (sud-est).

Alors que l'espèce s'était éteinte dans les années 30 et restait cantonnée depuis aux contes pour enfants, le "canis lupus" est revenu depuis 25 ans sur le sol français, où il gagne du terrain comme dans toute l' Europe. Et déchaîne les passions.

Quelque 10.000 têtes de bétail ont été tuées cette année, 10% de plus qu'il y a un an. L'Etat finance 80% des mesures de protection et dédommage les pertes, mais en partie seulement.

Dans les collines de calcaire parsemées de genêts et de buis roussis par la sécheresse à Séderon, Claire Lapie élève des brebis depuis trois ans avec son compagnon Yann Rudant, 32 ans lui aussi.

"Une attaque de loup, on savait qu'un jour ça nous tomberait dessus. L'idée de la +part du loup+, une ou deux brebis, on l'accepte. Mais là, découvrir 15 brebis, mangées, égorgées ou agonisantes. C'est un cauchemar", raconte cette ancienne bergère fluette et brune.

Rien n'y a fait, ni le parc électrifié, ni les deux imposants chiens patous qui veillent. Et le jeune couple, qui s'est endetté sur douze ans pour acquérir 150 bêtes et construire une vaste bergerie de bois pour les mises bas, vit depuis dans l'angoisse d'un nouveau carnage.

- 'Exponentiel' -

"Le nombre d'attaques est exponentiel", souligne Véronique Chauvet, éleveuse et maire du village de Saint-Auban-sur-l'Ouvèze, à quelques kilomètres de là, qui a perdu huit brebis en octobre.

"Il y a un grand découragement et une grande détresse. On se sent impuissant", dit cette édile proche de la retraite, inquiète pour l'avenir des cinq jeunes éleveurs de sa commune de 220 habitants. 

Le pastoralisme, pratiqué par des milliers d'éleveurs en France et encouragé par l'Etat pour lutter contre l'embroussaillement et limiter les risques d'incendie dans ces régions arides, serait-il menacé ? Oui, estime Véronique Chauvet: "Si ça continue, dans dix ans, l'élevage va disparaître dans nos régions."

Spécialiste des prédateurs, Farid Benhammou explique que "dans les territoires où il y a toujours eu des loups", comme la Roumanie ou la Pologne, "on fait avec. On met ça au même plan qu'un accident, un troupeau qui tombe dans un ravin, une maladie ou bien un orage".

- 'Colonisation' -

"Mais dans toutes les nouvelles zones de colonisation - en France ou certaines régions d'Italie ou d'Espagne - il y a de grosses tensions", souligne-t-il.

Strictement protégé par la Convention de Berne (1979) et une directive européenne de 1992, le canidé a gagné le nord des Alpes, mais aussi le sud méditerranéen et les Pyrénées orientales, frontalières de l'Espagne.

Une progression suivie de près par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).

Au volant de son 4x4, Cédric Arnaud, inspecteur de l'environnement de l'Office, sillonne les contreforts des Alpes-de-Haute-Provence. Parmi ses missions: collecter poils et excréments laissés par les loups, qui permettront de déterminer leur ADN et de les répertorier.

Comme ses collègues, il va aussi hurler au loup sur les crêtes chaque année au mois d'août pour tenter, en écoutant les réponses, de recenser les louveteaux nés au printemps.

Tous ces éléments, complétés par les images des caméras piège, permettent à l'ONCFS d'évaluer le nombre d'individus, estimé autour de 360 cette année, contre 292 un an plus tôt.

Pour freiner la progression du prédateur et tenter d'apaiser la colère des éleveurs, l'Etat a autorisé depuis 2004 l'abattage d'un certain nombre de loups - 40 cette année - mais dans des conditions très strictes.

Ces tirs dits "de prélèvement" sont jugés trop timides par les éleveurs, qui réclament plus de latitude. Les défenseurs du loup, eux, les pensent inefficaces car déconnectés des attaques.

"Il faut apprendre au loup à ne pas venir interférer avec les activités d'élevage. Mais un loup mort est un loup qui n'a rien appris", souligne Farid Benhammou. Effrayer ou blesser légèrement un loup par des tirs lors des attaques serait plus efficace, plaide-t-il. 

Le débat sera tranché dans le futur "Plan loup" 2018-2023, dont les négociations tumultueuses reprennent mardi.

 
100 commentaires - La France en pleine "guerre du loup"
  • C'est toujours étonnant (consternant ! plus tôt..) de constater que des gens , pseudo écologistes,qui se disent aimer la nature et les animaux ne soient absolument pas touchés et émus par la mort cruelle et abominable de 10 000 moutons par an. Ils préfèrent exprimer leur haine de l'homme (cad d'eux même...). C'est en général les mêmes qui expriment la haine de leurs propres racines et de leur culture.... Pour en revenir au loup et à la nature, il faut également rappeler la disparition progressive et continue de certaines espèces sur le territoire du loup et les nombreuses attaques des chamois et bouquetins en moyenne montagne mais de cela, nos (pseudo) écolos se moquent comme d'une guigne. C'est tellement plus agréable d'être dans "l'air du temps" et de se croire à la mode sans en tirer les conséquences, privilège de citadins bien au chaud (au fait de conséquences, il faut aussi rappeler que les indemnisations des éleveurs et les mesures de protection sont payées par nos impôts...).

  • Tranquillement je supporterai
    Silencieux je souffrirai
    Patiemment, j'attendrai
    Car je suis un guerrier
    Et je survivrai
    Je suis un loup

    Dans l'ombre du loup

  • L'espace naturel du loup a été volé par l'homme depuis des centaines d'années et il est légitime de lui restituer son territoire n'en déplaise aux bergers .

  • cest quand meme marrant quand on lit les articles les eleveurs ne parlent que de perte mais de perte d'argent, ils ne se font pas de soucis pour les betes ni pour ceux qui les mangent non c'est toujours l'argent. dans d'autres pays ils font et savent faire avec les loups alors pourquoi pas vous? simplement parce qu'il faut investir, se donner la peine et si vous avez trop de betes pour les surveiller prenez en moins.

    n’oubliez pas qu'ils sont indemnisés !!!!!

    "n’oubliez pas qu'ils sont indemnisés !!!!!"....
    Oui mais avec l'argent du contribuable. Si vous voulez du loup allez faire un tour dans les Zones de Non Droit, ce n'est pas ce qui manque là-bas!

  • nous verrons comment réagiront les bisounours lorsque les loups seront dans leur jardin
    certains ne réalisent qu'avec le temps la reproduction deviendra exponentielle
    2 puis 4 et 8 et 16 et 32 et 64 et hormis l'homme le loup n'a pas de prédateurs en france pour reguler sa population

    Excusez-moi mais les bisounours n'existent qu'à la télé. Cela n'est qu'un dessin animé.

    Au demeurant, ce ne sont pas les loups en tant que tels qui posent problème, mais notre propre façon de vivre qui leur apporte en quelques leur nourriture sur un plateau...

    avatar
    Sauvageon  (privé) -

    Auriez vous été traumatisé dans vôtre enfance par les contes et légendes concernant le loup pour avoir si peur que cela.

    Qui a peur du grand méchant loup, méchant loup, méchant loup
    Qui a peur du grand méchant loup, c'est surement pas nous... (mais vous)

    Plus sérieusement... : Population du loup mondiale, toutes espèce confondues (et oui il existent plusieurs espèces de loups pour ceux qui ne le savent pas) estimée à environ 350 000 individus en 2001 (serait en régression). Ce qui représente la population humaine d'une ville comme Nice ou Toulouse pour l'ensemble de la planète !
    Population humaine actuelle environ 7 500 000 000 d'individus.

    Population Française de loups, entre 206 et 358 estimée en 215. Population humaine environ 67 000 000.

    dqr33 ou l'introduction d'espèces alors que le biopode n'est pas adapté pour leur survie

    Le loup s'est "réintroduit" tout seul, vivarais...

    dqr33 je pensais à l'ours que l'on essaie d'implanter vainement dans les Pyrénées et qui ne survit pas
    et pourquoi ne tente on que de le réintroduire que dans les Pyrénées 'parce que cela était leur dernier lieu de survie
    alors qu'à l'origine il était présent partout en France

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    Sauvageon  (privé) -

    "vivarais", dans vos commentaires vous dites tout et son contraire, du genre... : "Les ours ne sont pas adaptés pour survivre dans les Pyrénées" , puis plus loin, "ils ont été réintroduit dans les Pyrénées parce que c'était le dernier lieu où ils ont survécu" ! Faudrait savoir ???

    De toutes les façons, si les ours actuellement dans les Pyrénées ne "survivent pas" ce n'est pas parce que le biotope ne leur est pas favorable mais parce que l'espèce humaine les a décimés, et que la population actuelle ne peut plus se reproduire correctement faute d'assez d'individus présents.
    De plus, même espèce protégée, l'ours comme d'autres espèces continue à être pourchassé par l'homme qui ne supporte pas sa présence.

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