L'île Cousin ou le retour à la nature pour sauver un oiseau

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Deux membres de l'ONG Nature Seychelles sur l'île Cousin, le 20 novembre 2019
Deux membres de l'ONG Nature Seychelles sur l'île Cousin, le 20 novembre 2019
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© AFP, Yasuyoshi CHIBA

, publié le mercredi 15 janvier 2020 à 09h51

Posée sur les eaux turquoises de l'océan Indien, l'île seychelloise de Cousin déborde de vie. Les tortues terrestres géantes déambulent et les rousserolles tournoient sur ce roc longtemps balafré par les plantations avant d'être acheté et rendu à la nature pour la sauvegarde d'une espèce.

Cinquante ans après le rachat de l'île par une ONG qui souhaitait sauver un des oiseaux les plus rares au monde, la végétation a repris ses droits et retrouvé un équilibre que les gestionnaires de Cousin entendent défendre face à l'homme. Au point de tout faire pour limiter le tourisme pourtant essentiel pour la gestion de la réserve.

En 2018, plus de 16.000 personnes sont venues admirer la biodiversité unique de Cousin, soit plus de 30% que 10 ans auparavant.

Le chiffre peut sembler dérisoire au vu des standards touristiques modernes mais il est suffisamment élevé pour avoir alerté Nirmal Shah, directeur de Nature Seychelles, l'ONG qui gère cette île de 34 hectares.

"Le tourisme est important pour Cousin, c'est ce qui permet de financer les projets de conservation que nous y menons. Mais 16.000, c'était trop", affirme M. Shah.

Car au détour des chemins, sur les plages immaculées ou dans la dense forêt tropicale, le visiteur tombe nez à nez avec des tortues terrestres parfois centenaires, de nombreux oiseaux marins nidifiant sur l'île, des tortues marines ou des bernard-l'hermite.

"Quand il y a trop de touristes, ça peut déranger les oiseaux qui nidifient ou faire reculer les tortues de mer qui voulaient pondre leurs oeufs sur l'île", explique le gardien en chef de la réserve Dailus Laurence. 

Cousin a été rachetée en 1968 par l'ONG Birdlife International pour 17.560 livres sterling (20.500 euros au cours actuel) afin de sauver de l'extinction un oiseau à la robe vert-brune, la rousserolle des Seychelles. Les 26 derniers spécimens étaient réfugiés dans quelques arbres de mangrove alors que le reste de l'île était traversé de plantations de cocotiers et de canneliers.

Depuis, la végétation indigène a repris ses droits, la rousserolle est sauvée au point de pouvoir la réintroduire sur quatre autres îles des Seychelles et Cousin est devenu le plus important site de nidification des tortues imbriquées - une tortue de mer - dans l'ouest de l'océan Indien.

L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) est dithyrambique quant aux "succès de conservation uniques" de Cousin, "la première île achetée pour la conservation d'une espèce" et qui sert désormais de modèle ailleurs dans le monde.

- Danger biologique -

09H30. Le ballet est rôdé. Une poignée de voiliers de luxe et de petits bateaux à moteurs s'immobilisent à une centaine de mètres de Cousin. Des vedettes affrétées par Nature Seychelles quittent la plage pour les aborder et reviennent sur l'île avec leurs touristes.

"Les bateaux de touristes ne peuvent pas accoster directement, car le danger biologique est trop important", explique Nirmal Shah. "Des animaux non indigènes se trouvant à bord pourraient venir sur l'île et menacer son équilibre."

Une fois à terre, il s'agit, tout en leur faisant découvrir l'île, de faire respecter certaines balises, note un coordinateur de programme, Yan Coquet.

"Il y a énormément de moustiques, au point que ça peut être vraiment dérangeant. Quand les gens sont importunés de la sorte, ils peuvent avoir tendance à faire un peu n'importe quoi, à sortir des chemins, abandonner le groupe en cours de visite, marcher où ils ne doivent pas", décrit-il.

Finalement, pour en limiter le nombre, Nature Seychelles a augmenté en juillet le prix de la visite, passé de 500 à 600 roupies seychelloises (33 euros à 40 euros), et décidé de faire payer les enfants. La politique a porté ses fruits, le nombre de visites a diminué de 10%.

"Il fallait faire quelque chose, la pression sur l'environnement était trop importante", assure le gardien en chef Dailus Laurence.

"Si on avait voulu accueillir plus de touristes, il aurait également fallu augmenter le nombre de gardiens et de guides vivant sur l'île et donc forcément augmenter l'impact humain", souligne M. Shah. "La priorité absolue, c'est la nature, et s'il faut prendre d'autres mesures, nous le ferons".

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