L'homme qui prêchait pour le climat dans le métro new-yorkais

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Richard McLachlan, sexagénaire et militant de l'organisation Extinction Rebellion, s'adresse aux passagers dans le métro new-yorkais pour les pousser à agir face au réchauffement climatique, le 17 octobre 2019, à Brooklyn
Richard McLachlan, sexagénaire et militant de l'organisation Extinction Rebellion, s'adresse aux passagers dans le métro new-yorkais pour les pousser à agir face au réchauffement climatique, le 17 octobre 2019, à Brooklyn
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© AFP, Don Emmert

, publié le lundi 28 octobre 2019 à 21h46

Debout dans un wagon du métro new-yorkais, quelque part entre deux stations de Brooklyn, Richard McLachlan entame d'une voix forte un discours bien rodé, à destination d'une dizaine de passagers pour la plupart plongés dans leur smartphone.

"Bonjour, tout le monde. Non, je ne veux pas d'argent, je demande juste votre attention pour quelques minutes", crie-t-il pour se faire entendre par-dessus le bruit de roulement de la rame.

"Je ne suis pas là pour parler de moi", lance cet homme de 68 ans, Néo-Zélandais d'origine, élégant avec sa veste rouge, son visage rasé de près et ses cheveux blancs brossés en arrière. "Il s'agit de nous tous et de l'urgence climatique à laquelle nous sommes confrontés".

Richard McLachlan est membre d'Extinction Rebellion, mouvement écologiste né en Grande-Bretagne l'an dernier et qui a multiplié les actions de blocage sur les routes et dans les transports pour attirer l'attention sur le climat.

Les New-Yorkais ont l'habitude des gens qui les haranguent dans le métro. Mais ce fonctionnaire à la retraite a lui choisi, depuis juin, de sensibiliser des milliers de passagers de la "catastrophe" climatique en cours.

- "Pas le choix" -

"Je sais que vous ne voulez pas que je vous crie dessus et moi non plus je n'en ai aucune envie", dit-il. "Mais j'ai l'impression de ne pas avoir le choix... Il faut qu'on se réveille, qu'on arrête d'éviter le sujet".

C'est après avoir vu des images des opérations de blocage menées par Extinction Rebellion à Londres en avril que l'idée lui est venue. 

"J'ai observé ce que les gens faisaient (pendant leur trajet), ils jouaient à Candy Crush, regardaient distraitement Tinder ou Instagram, et je me suis dit que j'allais leur parler", a-t-il expliqué à l'AFP.

Il a préparé un petit laïus, un peu gauche au départ, de son propre aveu, mais il a réussi à se motiver pour le déclamer devant des inconnus.

"J'ai respiré bien fort pendant un long moment, et finalement je me suis mis à crier et à demander aux gens de se taire. C'était un peu bizarre, mais c'est passé", se souvient-il. 

Au fur et à mesure, cet homme, qui fut dans une autre vie bijoutier, camionneur et tondeur de moutons, a poli son discours de deux minutes chrono.

Il l'a rendu plus personnel, en soulignant être "incroyablement triste" pour ses cinq petits-enfants, qui auront "une vie bien plus difficile" que la sienne.

Plus apocalyptique aussi: il évoque l'extinction des espèces, les incendies de forêts, la multiplication des sécheresses et des inondations, la faim engendrée par la destruction des récoltes.

Et il n'hésite pas à implorer ses auditeurs: "Parlez-en à votre famille, vos amis, vos amoureux, vos collègues! Et si vous êtes comme moi, parlez-en aux inconnus dans le métro, ce n'est pas si difficile".

- Pas devant les enfants -

Il connaît désormais par coeur sa brève tirade, qu'il termine en distribuant des tracts. Et maintenant qu'il a gagné en confiance, le public est plus réceptif. "Ce n'est plus rare que les gens applaudissent", dit-il.

Lors d'un de ses récents voyages, personne n'a applaudi, mais plusieurs personnes ont dit être touchées.

"C'était très fort", a indiqué à l'AFP Anthony Urias, étudiant de 23 ans.

"Je vais faire des recherches Google pour en savoir plus", a aussi indiqué Jessica Francois, 30 ans.

Richard McLachlan dit intervenir dans le métro jusqu'à six fois par jour, mais jamais devant de jeunes enfants. "Parler de la fin du monde dans un wagon plein d'enfants de cinq ans me met mal à l'aise", dit-il.

Il se dit "profondément ému" lorsque les gens le remercient. Et n'a été vraiment embêté que trois fois, dont une fois par un vieil homme convaincu qu'une apocalypse nucléaire imminente rendait toute inquiétude pour la planète inutile.

Sa femme le soutient dans sa démarche, dit-il, mais lui a "fait promettre" de ne pas risquer sa vie en passant d'un wagon à l'autre quand le métro est en marche - une pratique possible à New York même si cause d'accidents mortels. 

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