L'avenir du gaz de schiste au Royaume-Uni en question

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Une affiche anti fracturation hydraulique à Preston dans le nord de l'Angleterre le 24 juin 2015
Une affiche anti fracturation hydraulique à Preston dans le nord de l'Angleterre le 24 juin 2015
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© AFP, Paul ELLIS

, publié le mercredi 23 octobre 2019 à 16h12

L'horizon s'assombrit pour le gaz de schiste au Royaume-Uni où la fracturation hydraulique, controversée à cause de son impact environnemental, met plus de temps à faire ses preuves que prévu.

Le gouvernement conservateur avait espéré en 2016 que 20 puits puissent être ouverts d'ici mi-2020.

Or, à ce jour, seuls trois puits ont été forés, sans qu'aucune exploitation de gaz de schiste n'ait débuté et sans que les pouvoirs publics sachent quelles quantités pourraient être extraites à terme, d'après un rapport du National Audit Office (NAO), organe chargé de contrôler les dépenses publiques.

Les dirigeants britanniques comptaient au départ réduire la dépendance du pays envers le gaz, importé essentiellement de Norvège et du Qatar. 

Il s'agissait notamment de suivre l'exemple des Etats-Unis où l'industrie du schiste a connu un boom spectaculaire renforçant l'indépendance énergétique du pays, grâce à la technique de la fracturation hydraulique.

- Secousses sismiques -

Le NAO remarque que le soutien de la population est faible et s'est réduit au fil du temps, en raison des risques pour l'environnement et la santé publique, du fait des émissions de gaz à effets de serre, de la pollution des eaux souterraines ou encore des risques de secousses sismiques.

Le procédé de fracturation hydraulique consiste à créer des fissures souterraines et y infiltrer un mélange d'eau, de sable et de produits chimiques pour permettre l'extraction de gaz ou pétrole capturé dans la roche.

Le gouvernement entend développer le gaz de schiste tout en respectant ses objectifs sur le climat, mais n'a pas encore développé les technologies nécessaires, observe le rapport.

Selon le NAO, les professionnels du secteur expliquent le retard pris par une réglementation trop stricte au Royaume-Uni concernant les secousses sismiques induites par la fracturation hydraulique. 

Cette réglementation prévoit, entre autres, de suspendre la fracturation temporairement, lorsqu'un tremblement de terre supérieur à 0,5 sur l'échelle de Richter intervient du fait des opérations d'extraction.

C'est d'ailleurs à la suite d'une vive secousse en août dernier que la société Cuadrilla a décidé de suspendre indéfiniment son forage près de Blackpool (nord-ouest de l'Angleterre), qui était le seul projet en cours au Royaume-Uni.

La même réglementation a également fait reculer pour l'instant le milliardaire Jim Ratcliffe et son groupe Ineos qui détient pourtant des permis d'exploration dans le centre et le nord de l'Angleterre.

- "Farce" -

Le NAO remarque en outre que la fracturation hydraulique se révèle coûteuse pour les autorités locales et les forces de l'ordre, en raison des nombreuses manifestations qu'elles suscitent, des perturbations du trafic routier et de la nécessité d'assurer la sécurité sur les sites.

Le gouvernement britannique s'est contenté d'une réponse tout en prudence aux conclusions du NAO, expliquant qu'il réfléchira aux prochaines étapes une fois que le régulateur du secteur, The Oil and Gas Authority, aura bouclé une évaluation en cours.

"L'exploration de gaz de schiste ne peut se faire que si elle est sûre et respecte l'environnement", explique un porte-parole du ministère des Entreprises et de l'Energie. 

Les ONG prient quant à elles le gouvernement d'arrêter les frais.

"Nous sommes dans l'urgence climatique, l'opposition de la population est immense et la fracturation ne permettra pas de faire baisser la facture d'énergie. Il est temps de mettre fin à cette farce", selon Doug Parr, un responsable de Greenpeace pour le Royaume-Uni.

L'industrie reste cependant droite dans ses bottes, à l'image de l'association sectorielle UK Onshore Oil and Gas.

Selon cette dernière, "le secteur du schiste, comme le montre le rapport, n'en est qu'à ses premiers stades d'exploration" et "les retards ne sont pas inhabituels dans l'énergie, comme en témoigne le développement des champs pétroliers en Mer du Nord, de l'éolien et du nucléaire".

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