L'ASN redoute une saturation "beaucoup plus rapide que prévu" des piscines de la Hague

L'ASN redoute une saturation "beaucoup plus rapide que prévu" des piscines de la Hague
Une piscine de stockage de combustible usé à l'usine de retraitement des déchets nucléaires d'Areva à Beaumont-Hague dans la Manche le 16 décembre 2015

publié le jeudi 28 octobre 2021 à 21h19

L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) craint une "saturation (...) beaucoup plus rapide que prévu" des piscines de La Hague, où refroidissent les combustibles irradiés dans les centrales nucléaires françaises, si les "difficultés" d'Orano persistent dans son usine de Marcoule (Gard), a-t-on appris jeudi auprès du gendarme du nucléaire.

C'est ce que l'ASN indique dans un courrier daté du 25 octobre et publié récemment sur son site internet.

Le gendarme du nucléaire alerte depuis 2020 sur le risque de saturation des piscines de La Hague, où refroidissent près de 9.700 tonnes de combustibles. La saturation était jusqu'alors évoquée pour l'horizon 2030.

Mais ce risque est accentué par "l'aggravation des difficultés auxquelles (Orano) est confronté pour la fabrication de combustible Mox" dans son usine Melox à Marcoule (Gard), selon l'ASN.

Car comme Marcoule produit moins, La Hague doit retirer moins de combustibles des piscines pour les retraiter et les piscines continuent à se remplir avec les combustibles qui arrivent des centrales, assure Yannick Rousselet, chargé des questions nucléaires chez Greenpeace.

Dans son usine de La Hague, Orano extrait des combustibles irradiés, notamment du plutonium, qu'elle transfert à Marcoule pour y fabriquer de nouveaux combustibles (appelés Mox) en le mélangeant avec de l'uranium.

Or "à La Hague, on n'a pas le droit d'extraire plus de plutonium que ce qu'on en consomme pour fabriquer du Mox à Marcoule. C'est une règle de non-prolifération", le plutonium étant un matériau pouvant servir à fabriquer des bombes, selon M. Rousselet.

Interrogée, l'ASN n'a pas souhaité donner plus d'information qu'il n'en figure dans son courrier.

Dans ce courrier rédigé après une audition du directeur général d'Orano le 28 septembre, le gendarme du nucléaire souligne aussi "sa préoccupation concernant la dégradation rapide des marges disponibles dans les entreposages à La Hague, pour les matières plutonifères".

A La Hague, Orano stocke en effet aussi notamment, en dehors des piscines, le plutonium extrait des combustibles irradiés dans les centrales et à destination de Marcoule.

Interrogé par l'AFP, la direction d'Orano La Hague a précisé qu'elle avait "proposé" à l'ASN et à EDF "plusieurs solutions dont la densification des piscines actuelles", "afin de maintenir un niveau de disponibilité important dans ses piscines d'entreposage et pour faire face aux aléas". 

En outre, "le site de Melox a engagé un grand plan de transformation pour restaurer son rythme de production" après "un ralentissement important" de la production, selon Orano.

EDF doit construire une nouvelle piscine d'entreposage centralisée à La Hague, site qui concentre le plus de matière radioactive en Europe, mais elle ne sera pas opérationnelle avant 2034.

Selon l'IRSN, bras technique de l'ASN, une saturation des piscines de la Hague peut bloquer progressivement tous les réacteurs français.

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