L'abolition des armes nucléaires pourrait aller "vraiment vite" assurent les militants prix Nobel

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 Beatrice Fihn, responsable de la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires, à Genève, le 30 novembre 2017

Beatrice Fihn, responsable de la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires, à Genève, le 30 novembre 2017

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© AFP, Fabrice COFFRINI
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AFP, publié le mercredi 06 décembre 2017 à 12h41

Les militants antinucléaires qui vont recevoir le weekend prochain le prix Nobel de la Paix 2017 espèrent qu'un nouveau traité d'interdiction de l'arme nucléaire va permettre de reléguer rapidement la bombe aux oubliettes de l'Histoire.

Lors d'une interview avant la cérémonie du 10 décembre, la responsable de la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN) a rappelé que l'attitude à l'égard d'autres armes et de comportements nocifs avait changé du jour au lendemain après leur interdiction. 

Malgré la crise opposant les Etats-Unis et la Corée du Nord, qui a généré la plus grave menace nucléaire depuis des décennies, Beatrice Fihn a affirmé à l'AFP que l'abolition rapide des armes nucléaires était "très réaliste".

ICAN, qui sonne l'alarme depuis des années sur les dangers massifs que constituent ces armes, a remporté une importante victoire en juillet avec l'adoption par les Nations Unies d'un nouveau traité les interdisant. 

Ce document, adopté par 122 pays malgré l'opposition des puissances nucléaires, pourrait prendre des années avant d'entrer en vigueur, car il faut qu'il soit ratifié par au moins 50 signataires. Mais Mme Fihn est convaincue qu'il a déjà eu un impact sur l'opinion à l'égard des armes nucléaires.

Assise dans le bureau exigu de ICAN à Genève, cette Suédoise aux longs cheveux blonds et au sourire chaleureux, a pris comme exemple le changement rapide d'attitude face au tabac.

"Nous ne sommes pas restés assis à attendre que les fumeurs arrêtent le tabac. Nous l'avons interdit à l'intérieur et ils ont dû sortir s'ils voulaient continuer à fumer", a-t-elle rappelé. 

"Aujourd'hui, ça nous semble ridicule de penser qu'on était assis dans les bureaux et qu'on fumait. C'était vraiment dingue", a-t-elle dit.

"Je pense que ça pourrait être pareil avec les armes nucléaires. Dix ans plus tard, on ne peut pas imaginer qu'on avait accepté ça."

- "Fenêtre d'opportunité" -

Mme Fihn pense que le traité d'interdiction et le prix Nobel pour ICAN a ouvert une "fenêtre d'opportunité" pour changer le regard sur les armes nucléaires. 

Evoquant les menaces d'intervention militaire du président américain Donald Trump contre Pyongyang, Mme Fihn a jugé la situation "extrêmement préoccupante", et a mis en garde contre l'augmentation du "risque d'accident ou d'erreur de calcul".

"Nous pouvons choisir soit d'en finir avec les armes nucléaires, soit de laisser ces armes en finir avec nous."

"Je crois que si vous vous inquiétez de voir Donald Trump avoir accès aux armes nucléaires et avoir la capacité de (...) détruire le monde, alors vous êtes probablement préoccupé par les armes nucléaires", a-t-elle ajouté.

Elle a par ailleurs jugé ridicule l'affirmation par les neuf Etats en possession de la bombe que cet armement dissuade les conflits et promeut la paix. 

"Le gros problème avec la théorie de la dissuasion est l'idée que si on menace de commettre davantage de meurtres, de massacres, de tueries aveugles, la paix va s'imposer d'une façon ou d'une autre", a-t-elle souligné.

Il est temps, selon elle, d'arrêter de considérer les armes nucléaires comme "un outil de pouvoir magique" que certains pays veulent posséder pour "se sentir plus importants", alors que ce sont des armes de destruction massive.

- "Naïf" - 

Mme Fihn n'a pas caché sa frustration à l'égard des Etats nucléaires qui souvent jugent "naïfs" les efforts pour interdire ces armes.

"Je pense que c'est plutôt le contraire. C'est naïf de penser que neuf Etats peuvent les posséder et pas le reste du monde."

"C'est naïf de penser qu'on peut avoir 15.000 armes nucléaires et qu'elles ne serviront jamais", a-t-elle poursuivi. 

Mme Fihn pense que sa petite organisation et les centaines de groupes antinucléaires qu'elle aide à coordonner à travers le monde ont déjà accompli un exploit incroyable.

"Les plus grands pays du monde, les pays militairement les plus puissants, les pays les plus riches ont essayé de nous en empêcher et ont travaillé activement contre nous, et nous l'avons fait malgré tout."

"Nous espérons que cela donnera envie à d'autres personnes à se mobiliser contre les armes nucléaires, et contre d'autres sujets. Le changement est possible."

 
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