Egypte: haro sur le plastique dans une cité balnéaire de la mer Rouge

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Un Egyptien employé d'un complexe hôtelier à Hourghada, dans l'est de l'Egypte, fait le service avec des ustensiles sans plastique, le 18 november 2019.
Un Egyptien employé d'un complexe hôtelier à Hourghada, dans l'est de l'Egypte, fait le service avec des ustensiles sans plastique, le 18 november 2019.
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© AFP, Mohamed el-Shahed

, publié le samedi 21 décembre 2019 à 15h20

Dans la cité balnéaire de Hourghada, dans l'est de l'Egypte, les employés d'un complexe hôtelier s'échinent dès l'aube à ramasser des déchets plastique éparpillés le long des rives de la mer Rouge.

"Ce n'est pas beaucoup", assure Wael, 20 ans, montrant du doigt cinq lourds sacs remplis de déchets plastique au terme d'une mâtinée de labeur.

"Il y a six mois, on pouvait en remplir des camions entiers", assure-t-il.

Depuis juin, le plastique à usage unique a été interdit à Hourghada et dans d'autres villes de la province qui borde la mer Rouge, afin de protéger la vie marine prisée des touristes.

Secteur clé pour l'économie égyptienne, en berne ces dernières années en raison de l'instabilité politique et de la récurrence des attentats, le tourisme a connu une relative amélioration depuis 2017. 

En 2018, la contribution du tourisme au produit intérieur brut a atteint son plus haut niveau depuis 2010, selon l'organisme World Travel and Tourism Council.

Or à Hourghada, le retour des touristes a été accompagné d'une recrudescence des déchets. En 2018, une entreprise de tri et d'enfouissement de déchets plastique locale a collecté 230 tonnes de déchets plastique, selon l'ONG Hurghada Environmental Protection and Conservation Association (Hepca).

En 2019, cette quantité s'est réduite à 141 tonnes. Car entre temps, les emballages plastique à usage unique proscrits ont été largement remplacés par des emballages en tissu, en papier ou en plastique biodégradable.

- Même les fast-food - 

Depuis l'interdiction, les autorités ont distribué des milliers de sacs réutilisables aux résidents et aux commerces.

En parallèle, Hepca en a distribué entre 40.000 et 50.000, selon Heba Shawky, directrice générale de l'ONG.

"On ne trouve plus de plastique à usage unique dans la ville", se félicite Ahmed al-Gharib, directeur d'un complexe hôtelier.

La plupart des hôtels ont cessé de mettre des gobelets et autres ustensiles en plastique à la disposition de leurs clients à Hourghada, ainsi que dans les cités balnéaires voisines, El-Gouna et dans la baie de Sahl Hasheesh. 

"Désormais, nous utilisons des tasses en plexiglas ou en bois", explique à l'AFP M. Gharib.

Directeur du département nourriture et boisson d'un hôtel de luxe, Mohamed Musa indique que "les déchets plastique issus d'un service ont diminué de jusqu'à deux à trois quarts de tonnes" dans son établissement.

"La ville entière est devenue plus propre qu'avant", dit-il, indiquant que même les touristes sont contre le plastique.

Des emballages en bois ou en papier sont proposés jusque dans les fast-food.

- Amendes salées -

Il faut dire que l'interdiction du plastique est agrémentée depuis août d'amendes salées en cas de violation.

En août, des médias locaux ont rapporté le cas d'un centre commercial qui distribuait des sacs plastiques, condamné à payer une amende de 20.000 livres égyptiennes (1120 euros).

Selon Mme Shawky, depuis août, 70% des commerces locaux ont été contrôlés.

Pour lutter autrement contre le plastique, Hepca organise régulièrement des campagnes de ramassage de déchets.

L'ONG a aussi inauguré l'an dernier la première usine de recyclage de déchets plastique de la ville, avec "une capacité opérationnelle de plus de 400 tonnes par jour", précise sa directrice.

Selon l'ONU, jusqu'à 5.000 milliards de tonnes de sacs en plastique à usage unique sont utilisés dans le monde chaque année.

Jusqu'à 13 millions de tonnes de déchets plastique finissent dans les océans chaque année, selon la même source, et seul 9% du plastique produit jusqu'à aujourd'hui a été recyclé.

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